« C’est la personne qui le porte qui lui donne son genre » : les nouvelles notes « gender fluid » du parfum

Par Lionel Paillès

Publié aujourd’hui à 08h00

Lorsqu’il a composé Imagination, le nouveau parfum pour homme de Louis Vuitton, Jacques Cavallier-Belletrud, le parfumeur de la maison de luxe, n’a pas su immédiatement dans quelle case ranger sa nouvelle création. Avec sa note de thé fumé piquetée d’épices et baignée dans un océan d’ambre gris, elle ne penchait pas plus du côté masculin que du côté féminin…

Depuis quelque temps, la question du genre agite aussi l’univers du parfum. Un phénomène qui se ressent dans la construction olfactive des fragrances. On assiste de plus en plus souvent au transfert de certains ingrédients longtemps réservés aux hommes dans la parfumerie féminine, et vice versa.

La gourmandise s’aventure ainsi du côté des hommes (une prune liquoreuse dans le très viril One Million, de Paco Rabanne, ou la note caramel de Scandal pour homme, chez Jean Paul Gaultier) alors que les notes lavande, qui évoquent l’univers du barbier, irriguent la parfumerie féminine, à l’exemple de Libre, l’eau de parfum intense d’Yves Saint Laurent. Dernier exemple en date, la « crème de lavande » au cœur de Phantom, de Paco Rabanne, rappelle qu’on peut fondre des archétypes de sexes opposés (la lavande et la vanille) dans un seul et même parfum rangé au rayon « homme ».

Rassurer les hommes sur leur virilité

Cette histoire de parfums classés en « masculins » et « féminins » dans les rayons des boutiques spécialisées et sur les pages des sites d’e-commerce existe pour une raison simple : « A quelques rares exceptions près, les marques de parfums ont été développées par des maisons de mode, au sortir de la première guerre mondiale pour les femmes, après 1945 pour les hommes », analyse Eugénie Briot, historienne du parfum. Les griffes ont donc adopté la même segmentation de genres que pour les vêtements : une ligne pour les femmes et une autre consacrée aux hommes.

Mais la répartition binaire n’a pas toujours prévalu, elle est même relativement récente à l’échelle de l’histoire de la parfumerie. Le parfum s’est choisi un genre à partir de 1904. Cette année-là, Guerlain commercialise en même temps deux parfums aux noms qui ne laissent aucun doute sur leur cible : Mouchoir de Monsieur et Voilette de Madame. « Tous les codes olfactifs sont posés à ce moment-là : les fleurs pour elle et la fraîcheur “propre” pour lui », précise Eugénie Briot.

Il fut un temps où afficher le genre permettait de rassurer les hommes pour qui l’usage d’un parfum n’allait pas de soi. En ajoutant la mention « pour homme », leur virilité était, pensait-on, préservée. L’habitude a été conservée pour une tout autre raison : attribuer un genre aux parfums a ensuite permis d’organiser une offre pléthorique dans laquelle il fallait bien se repérer d’une façon ou d’une autre.

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« C’est la personne qui le porte qui lui donne son genre » : les nouvelles notes « gender fluid » du parfum

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