Cherche écrivains désespérément : le PEN Club France peine à faire entendre sa voix

Par Clémentine Goldszal

Publié hier à 04h00, mis à jour à 01h04

Deux événements, deux ambiances. Le 5 octobre 2021, le New York littéraire s’est donné rendez-vous à l’American Museum of Natural History pour le gala annuel du PEN America. Sous la réplique grandeur nature d’une baleine bleue, après des mois de disette événementielle, les 500 invités se réjouissent de pouvoir trinquer face à un podium flanqué de deux écrans géants.

Animée par la rappeuse et actrice Awkwafina, ponctuée d’interventions des acteurs et réalisateurs Jodie Foster et Lin-Manuel Miranda et du Prix Nobel de littérature nigérian Wole Soyinka, la cérémonie a pour but de rappeler aux riches donateurs l’importance de soutenir partout dans le monde la liberté d’expression (3 millions de dollars seront levés au cours de la soirée).

Dans la salle se croisent l’écrivain Jay McInerney (Trente ans et des poussières), l’un des fondateurs du nouveau journalisme Gay Talese et son épouse, Nan, éditrice de Margaret Atwood (La Servante écarlate) et de Ian McEwan (Expiation), l’écrivaine Candace Bushnell (Sex and the City), l’acteur qui tient le rôle-titre de la série Dexter, Michael C. Hall…

Décoration spartiate

Un peu plus d’un mois plus tard, le 15 novembre, de l’autre côté de l’Atlantique, au cœur du 9arrondissement de Paris, rue Ballu, le PEN Club français se réunit pour la Journée mondiale des écrivains en prison. Dans une pièce aux bibliothèques encore vides, accessible par le flanc du somptueux Hôtel Blémont, siège de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, vingt personnes prennent place sur des chaises pliantes.

Un jeune homme aux cheveux longs et aux traits tirés demande dans un anglais hésitant s’il est bien au bon endroit : Merdan Eheteli, 30 ans, est un poète ouïgour réfugié depuis peu à Paris. Le président du PEN Club, Antoine Spire, 75 ans, l’a aidé à obtenir le droit d’asile. L’universitaire Dilnur Reyhan, fondatrice de l’Institut ouïghour d’Europe, est venue avec lui pour remercier l’association. « C’est de pire en pire », murmure cette femme de 38 ans en découvrant les nouveaux locaux à la décoration spartiate. A eux deux, ils font baisser la moyenne d’âge de l’assemblée, qui dépasse à vue de nez les 70 printemps.

En France, pays où la sortie du dernier roman de Michel Houellebecq fait la « une » des journaux, où la course au prix Goncourt est suivie avec passion et où les écrivains sont consultés comme des pythies concernant l’état du monde, la version locale du PEN Club (PEN pour Poets, Playwrights, Editors, Essayists, Novelists and Non-fiction authors) peine paradoxalement à faire entendre sa voix.

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Cherche écrivains désespérément : le PEN Club France peine à faire entendre sa voix

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