Dans l’intimité du studio Chanel

Il existe, dans l’organisation d’un défilé, un moment crucial que le public connaît peu, car il se déroule dans l’intimité du studio : l’accessoirisation. Le créateur vérifie que ses tenues vont comme un gant à ses mannequins et, pour les accompagner, choisit les bijoux, sacs et autres accessoires, qui seront photographiés sous tous les angles sur le podium.

Chez Chanel, la veille du défilé, il règne un calme étonnant dans le studio du 29, rue Cambon. Ce 7 mars, la directrice artistique, Virginie Viard, est accompagnée d’un aréopage de directrices (de la maroquinerie, du prêt-à-porter…), d’un coiffeur, de stylistes et de plusieurs photographes pour apporter la touche finale à ses silhouettes.

Une telle mission donne à la pièce, où s’affairent une vingtaine de personnes, un air de caverne d’Ali Baba. Sur un vaste bureau sont alignés des présentoirs en velours noir regorgeant de serre-tête décorés de la fameuse chaîne en métal et cuir, de barrettes à nœud, de clips d’oreilles strassés, de sautoirs en perles… Et, accrochés aux boutons de fenêtre de la pièce ou empilés sur des poufs, des dizaines de sacs au fermoir double C.

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Pas de mannequins en vue pour l’instant. Celles-ci se présentent quand leur emploi du temps saturé de défilés leur laisse les deux heures nécessaires à la coiffure, au maquillage, à l’essayage et à la photo qui valide l’ensemble. En attendant, Virginie Viard nous montre les invitations du défilé : des boîtes couvertes de tweed (issu d’anciennes collections) dans des nuances pistache, lilas ou rose bonbon s’empilent sur un bureau, entre des magazines, des carnets et du gel hydroalcoolique, rappelant que le Covid-19 n’est pas si loin. A l’intérieur, un carnet de photos prises par Inez et Vinoodh donne le ton de la collection. Elle prend ses racines en Ecosse, où est né le tweed, et sera centrée sur ce tissu emblématique de la maison.

« Le long du fleuve Tweed »

« Nous sommes allés sur les pas de Gabrielle Chanel, le long du fleuve Tweed [le troisième plus grand d’Ecosse] pour imaginer des tweeds aux teintes de ce paysage, explique Virginie Viard. Comme celui d’un long manteau rose moucheté de bleu et de violet, ou encore d’un tailleur bordeaux finement irisé d’or. C’est ce que faisait Gabrielle Chanel lors de ses promenades dans la campagne écossaise : elle cueillait des fougères et des bouquets de fleurs pour inspirer aux artisans locaux les nuances qu’elle désirait. »

Chanel.

Surgit enfin une mannequin aperçue une heure plus tôt au show Vuitton. Déjà passée entre les mains expertes des maquilleurs et des habilleurs, elle est d’une beauté frisant la perfection dans sa robe noire qui ondoie à chaque pas. Pourtant, le coiffeur – un jeune homme tatoué en tee-shirt et baskets, probablement la seule âme qui ne porte pas du Chanel ici – file directement s’occuper de sa raie, pas assez au milieu à son goût.

Virginie Viard va elle aussi droit au but, attrape d’un geste sûr quelques bracelets, ignore les bagues, se saisit de boucles d’oreilles dorées en forme de croix. La mannequin exécute quelques pas là où elle peut, entre les sacs et le bureau. La robe n’est-elle pas trop longue pour marcher sans être gênée ? s’enquiert la créatrice. Pendant que la jeune femme la rassure quant à son aisance, trois autres mannequins débarquent, l’une dans un tailleur à carreaux rouges très Chanel, l’autre dans une robe noire en cuir courte évoquant Twiggy, la dernière dans un manteau d’officier boutonné jusqu’au col.

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« Génial, c’est mon sac ! », s’exclame une des designers maroquinerie, fière de voir que Virginie Viard a retenu une petite besace en laine qu’elle a dessinée pour accompagner le look en tweed rouge. Parmi les pièces produites, toutes ne monteront pas sur le podium, ni ne seront validées pour la fabrication. Avant de s’occuper d’une nouvelle silhouette parme, Virginie Viard, qui a attrapé un minuscule sac en forme de cœur tout juste assez grand pour contenir une bague, nous glisse : « On joue à la poupée, ici. J’adore ce moment, bien plus que celui du défilé ! »

Chanel.

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