Haute joaillerie : le sens du détail

Gemmes massives, ors qui éblouissent, pièces surempierrées… Avec son souhait de cultiver un pedigree ultraluxe, la haute joaillerie peut parfois assommer ses spectateurs à coups de superlatifs. Mais certaines collections présentées fin janvier place Vendôme, à Paris, soignent également les détails, et particulièrement les sertis.

Pour Louis Vuitton, Francesca Amfitheatrof complète « Bravery », une collection célébrant les 200 ans de la marque dont le premier volet a été présenté en juillet 2021. Une vingtaine de pièces supplémentaires font leur apparition, avec beaucoup de références à l’identité de la griffe. Le fermoir Multipin des malles Vuitton, réputé incassable, est par exemple revu en version précieuse sur un collier multicolore.

La directrice artistique dissémine jeux de cornières et motifs cloutés, fréquents sur les accessoires de la marque et ici finement appliqués sur les bagues. Autant de clins d’œil adressés avant tout aux « vuittonistes » possédant un portefeuille assez fourni pour assortir leur valise et leur parure. « Nous sommes des nouveaux venus dans ce milieu de la haute joaillerie, dit Francesca Amfitheatrof. Mais on a beaucoup de succès : on n’a même pas le temps d’exposer nos pièces de haute joaillerie en boutique qu’elles sont déjà vendues à nos clients. »

Des boucles asymétriques

Chez Dior, Victoire de Castellane a bâti son dernier cru autour des galons, ces bandes de tissu destinées à orner ou à renforcer des vêtements, dont les ateliers de couture sont emplis. Des galons diamantés sont comme cousus en demi-cercles sur un collier ou déployés pour tenir une émeraude sur une bague. S’amusant à confronter les tailles (brillant, poire, baguette…), la directrice artistique imagine des boucles asymétriques, figurant deux rubans côte à côte, ou un collier excessif à dix rangs approximatifs, comme celui qu’une petite fille improviserait avec des bandes de soie. Surtout, elle soigne les sertis, ces petits appuis de métal qui tiennent la gemme des bagues, en les recouvrant de laque pour un effet ton sur ton : rouges lorsqu’ils encadrent un rubis, verts pour une émeraude… Façon de mettre en lumière ces éléments d’ordinaire effacés derrière la grandiloquence de la pierre.

Boucles d’oreilles en or blanc, diamants, émeraudes et laque verte, collection Galons Dior.
Bague en or, émeraudes, rubis et céramique noire de Fawaz Gruosi.

Les sertis ? Fawaz Gruosi pousse le vice jusqu’à les empierrer. « Cela demande une extrême concentration au moment de déposer les mini-diamants sur le métal du serti », explique Patrick Affolter, le directeur d’atelier. Ainsi, des rubis aux tons rosés s’invitent aux quatre extrémités d’une émeraude taillée en coussin, et, sur un bracelet massif, des mini-saphirs bordent deux saphirs taille radiant d’un bleu intense qui accumulent plus de 120 carats.

Enfin, c’est aux sertis réduits à trois griffes (contre les quatre habituelles) qu’a recours Ehssan Moazen chez Chaumet, afin de donner « l’impression que les pierres flottent, sont sculptées dans l’air ». Le nouveau directeur du studio, ancien de chez Tiffany, présente une collection ramassée autour du thème de la vague. « J’ai regardé du côté de la Belle Epoque où ce motif incarnait le dépassement d’un ancien monde alors que l’Europe était en plein bouillonnement économique, raconte-t-il. Nous avons fait beaucoup d’essais en maquettes volumineuses pour réduire du poids, donner du mouvement, doser l’asymétrie. » En se limitant à l’or blanc et aux diamants, il invente des bijoux qui paraissent fluides comme une onde ou imitent l’écume. Et épouse une épure qui ne fait pas de mal dans un milieu où le tapageur n’a pas de limite.

Boucles d’oreilles et collier, en or blanc et diamants, collection Déferlante de Chaumet.
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