« Impossible de faire comme si de rien n’était » : récit d’une fashion week marquée par la guerre en Ukraine

Par Caroline Rousseau, Sophie Abriat et Valentin Pérez

Publié aujourd’hui à 07h00, mis à jour à 16h48

Lundi 28 février On a connu un exercice plus simple que de parler de défilés alors qu’une guerre est en cours en Europe. Ce sont les étudiants du master of arts in fashion design de l’Institut français de la mode qui ont eu le rôle délicat d’ouvrir la fashion week parisienne en présentant une vidéo de leurs collections de fin d’études. Une partie des accessoires dessinés ont ensuite été transformés en objets numériques prêts à intégrer le métavers. On peut y voir une façon de déserter le monde qui se disloque sous nos yeux pour tenter d’en construire un nouveau. Car la guerre en Ukraine a percé la bulle euphorisante de la mode. Les invités s’interrogent au fil des heures : poster ou ne pas poster ? Relayer les shows en stories ou faire profil bas ? Les avis sont partagés. Certains professionnels, les influenceurs et les tiktokeurs, doivent assurer leur mission de retransmission s’ils veulent être réinvités la saison prochaine… « Business is business », se justifient ceux qui continuent de brandir leur téléphone au passage des mannequins. D’autres ont fait le choix de ne plus diffuser de photos. « Impossible de faire comme si de rien n’était. »

Victor Weinsanto a lancé sa marque pendant la pandémie, soutenu par Adrian Joffe. Le créateur labélisé « génération Covid » est habitué à ce que les soubresauts de l’actualité dictent son agenda. Fataliste, le demi-finaliste du prix LVMH 2022 se demande s’il existe un bon moment pour défiler… Bon gré, mal gré, il continue d’avancer. Depuis qu’une de ses robes en dentelle a été aperçue dans la saison 2 d’Emily in Paris, les commandes s’envolent…

A 19 heures, la Fédération de la haute couture et de la mode poste un message à sa communauté. Son président rappelle que « la création repose sur le principe de liberté, quelles que soient les circonstances. Et le rôle de la mode est de contribuer à l’émancipation individuelle et collective dans nos sociétés ». Il invite à « vivre les défilés des jours à venir avec la gravité qui s’impose en ces heures sombres ». Ceux qui hésitaient à poster des photos des shows sur les réseaux sociaux interprètent ce communiqué comme un feu vert à la retransmission des événements. En stories Instagram, les drapeaux bleu et jaune de l’Ukraine se mélangent à des photos de streetstyle et de podiums. Le contraste est déroutant.

Le soir, de jeunes gens crient, massés devant l’entrée du Palais Brogniart. Venus s’installer devant l’entrée du défilé Off-White, ils grappillent, comme une nuée de papillons attirés par la même source de lumière, des photos des invités plus ou moins célèbres : Carla Bruni, Paul Pogba, Olivier Rousteing et Jonathan Anderson… Mais leur notoriété n’est pas grand-chose face à celle de Rihanna : à l’intérieur, voilà les vedettes condamnées à attendre trois quarts d’heure avant que la star ne s’installe.

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