La grève de la faim de 39 jours d’un père de famille conduit les députés de Suisse à écouter les experts du GIEC

Sur les 246 parlementaires que compte la Suisse, ils sont une petite soixantaine à s’être déplacés, ce lundi 2 mai, dans la salle du Conseil national, à Berne, dominée par le Berceau de la Confédération, une fresque murale aux accents bucoliques. C’est pourtant une première. Sous la coupole d’un Parlement national, les experts du GIEC et de l’IPBES, qui travaillent à Genève sur le changement climatique et à Bonn sur la biodiversité, sont invités à présenter ensemble aux élus pendant trois heures la synthèse de leurs travaux.

Face aux députés, huit scientifiques, trois femmes, cinq hommes, sont montés en chaire pour faire part de l’étendue des connaissances sur les crises du climat et de la biodiversité entre deux sessions de questions-réponses. Sans surprise, c’est du côté droit de l’hémicycle que les rangs étaient les plus clairsemés, pour ne pas dire carrément vides. On comptait, chez les Verts, 29 présents sur 35, tandis que le ratio était de 7 sur 41 chez les Libéraux-Radicaux et de 2 sur 62 pour l’UDC, d’extrême droite, parti le mieux représenté à la Chambre basse.

Puissance symbolique

Le simple rappel des faits, que certains députés absents ont assuré déjà connaître, avait quelque chose de glaçant. Mais il y avait dans la rencontre elle-même une puissance symbolique difficile à ignorer, comme si science et politique se disaient enfin bonjour. Avec son groupe, Delphine Klopfenstein Broggini, élue Verte et coprésidente du groupe parlementaire climat, travaille déjà à faire « prendre racine » à cette rencontre, qu’« elle serve de précédent, devienne une référence » pour mettre en place des cycles de formation réguliers et « transformer cette matière en actes de loi ». Elle espère ainsi décrocher, par exemple, « une jolie majorité » en juin, dans le cadre de « l’initiative pour les glaciers », qui entend remettre la Suisse sur les rails des accords de Paris avec un objectif de zéro émission d’ici à 2050.

Depuis des semaines, ces trois petites heures de formation ont eu un grand écho médiatique. Parmi ceux qui avaient décidé de « sécher », le vice-président des Libéraux-Radicaux, Philippe Nantermod, s’est vanté qu’il n’irait pas « à la messe ». D’autres ont récusé la méthode. « Si à chaque fois que quelqu’un veut quelque chose il fait une grève de la faim sur la place Fédérale, on ne s’en sort plus », s’est défendu le centriste Charles Juillard. Car c’est en partie grâce à l’intervention d’un homme devant le Parlement que cette initiative a pu avoir lieu.

« Ce père de famille, pas activiste, représente au fond assez bien une certaine frange de la population qui trouve, en toute légitimité, que la politique ne va ni assez vite, ni assez loin. » Delphine Klopfenstein Broggini, élue Verte

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