La Suisse, championne du monde des bunkers

Avec quelque 320 000 abris antiatomiques (connus localement sous le nom d’« abris PC », pour protection civile) et une couverture qui dépasse les 100 % de sa population, la Suisse est la championne du monde des bunkers. Depuis 1963, la loi énonce que « chaque habitant doit disposer d’une place protégée dans un abri situé à proximité de son lieu d’habitation ». En pratique, chaque nouvelle maison construite doit être dotée d’un lieu aux normes – porte blindée, système de ventilation – où se réfugier en cas de guerre ou autre catastrophe. C’est ce que l’on appelle l’« évacuation verticale » : seule option jugée viable pour ce petit pays enclavé et montagneux.

« En 1956, le Conseil fédéral considérait l’avènement d’une troisième guerre mondiale comme “très probable”. À l’époque, un slogan des autorités disait : “On peut survivre à la guerre nucléaire.” Il y avait cette espèce de foi technocratique dans la capacité à être sauvé par le design. » Silvia Berger Ziauddin, historienne

Alors que, jusqu’en février, les perspectives d’une guerre nucléaire semblaient appartenir aux livres d’histoire, les abris suisses étaient plutôt sujets à plaisanterie. Mais la résurgence de la menace nucléaire a transformé l’idée que chacun pouvait se faire de sa propre sécurité. Pendant les premières semaines de la guerre en Ukraine, la protection civile des différents cantons a été assaillie de coups de téléphone – jusqu’à cent par jour dans le canton de Vaud.

« Certains s’inquiétaient de savoir si les abris seraient ouverts aux frontaliers et aux touristes, se souvient Laurent Paoliello, du département de la sécurité, de la population et de la santé du canton de Genève. On a même eu droit à quelques insultes. Mais s’il y a un bombardement, on ne va pas demander les papiers de tout le monde, on va bourrer les abris. »

Les demandes de comprimés d’iode ont d’abord « fortement augmenté » en pharmacie et auprès des autorités, avant de revenir, aujourd’hui, à la normale. Toujours prévoyant, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) assure, dans un courriel à M Le magazine du Monde, que « des comprimés sont disponibles pour toute la population » : stockés dans les cantons, « ils peuvent être distribués dans un délai de douze heures ».

Un budget faramineux

Dans les années 1960, d’autres pays, comme l’Allemagne de l’Ouest ou les États-Unis, ont débattu, au sommet de l’État, de l’intérêt de construire des abris antiatomiques. Sans pour autant passer à l’acte. La Suisse, elle, se lance. Historiquement, ce pays de tunnels voit son sous-sol comme un espace protecteur. « En 1956, le Conseil fédéral considérait l’avènement d’une troisième guerre mondiale comme “très probable’’, rappelle l’historienne Silvia Berger Ziauddin. À l’époque, un slogan des autorités disait : “On peut survivre à la guerre nucléaire.” Il y avait cette espèce de foi technocratique dans la capacité à être sauvé par le design. »

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