La vérité sur l’affaire Joël Dicker, l’écrivain-entrepreneur

Par Pascale Nivelle

Publié aujourd’hui à 01h50

Depuis une dizaine d’années, ses épais thrillers s’empilent dans les librairies avec la régularité d’un coucou suisse. Couverture blanche et reproduction d’un tableau d’Edward Hopper, science de l’intrigue, la formule a fait ses preuves depuis 2012. Cette année-là, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert (5 millions d’exemplaires vendus dans le monde) a remis d’aplomb une petite maison vieillissante, les Editions de Fallois.

Trois ans plus tard, Le Livre des Baltimore a confirmé l’addiction du public aux aventures de Marcus Goldman, héros récurrent qui ressemble beaucoup à son créateur, Joël Dicker. Dans L’Affaire Alaska Sanders, troisième tome de la trilogie, qui sortira le 10 mars, ce double de papier continue de surfer sur le succès. Tableau de Hopper (Gas) sur fond blanc, patronyme de l’auteur qui claque en rouge, rien n’a bougé sur le nouveau Dicker. Sauf le nom de l’éditeur, orné d’un petit loup bondissant, son animal fétiche.

A 36 ans, l’écrivain suisse romand devient le patron de sa propre maison d’édition, Rosie & Wolfe, basée à Genève. Rosie comme Rosita, une vieille amie qui a toujours cru en lui, et Wolfe comme le prénom de son grand-père et de son fils. Editeur à part entière ou simple autoéditeur de ses best-sellers ? En 2022, L’Affaire Alaska Sanders sera le premier et l’unique nouveau titre du catalogue de la maison. A ce jour, dans les réserves de la jeune société, seules sont alignées ses œuvres, rééditées de frais. Mais d’autres auteurs vont suivre, promet-il d’une voix teintée d’accent genevois : « On va y aller doucement. »

La mort du maître de Joël Dicker

A l’entendre, l’édition n’était pas une vocation, la musique du hasard aurait donné le tempo. Après la mort de son éditeur et maître à penser, Bernard de Fallois en 2018, et la disparition de sa maison d’édition en 2021, il s’est retrouvé orphelin, avec en poche le pactole des droits sur ses livres, dont trois best-sellers. Libre, mais seul. « Je n’ai été sollicité par personne, à peine une lettre type de démarchage », nous assure-t-il dans son bureau sous les toits, non loin du lac Léman. Joël Dicker et sa foule de lecteurs seraient passés sous les radars de la totalité des maisons parisiennes ? Une information « incroyable » pour les professionnels que nous avons interrogés. Mais difficile à vérifier, vu le culte du secret de ce microcosme.

Seuls des proches confirment l’épisode. « Personne n’a osé l’approcher, aucune grande maison ne s’est présentée », affirme Michèle Benbunan, amie du romancier, débauchée fin 2019 de Hachette Livre pour devenir directrice générale d’Editis (filiale du groupe Vivendi, dont Vincent Bolloré est l’actionnaire majoritaire). « Il a attendu de voir ce qui pouvait arriver, mais il n’a pas été contacté, assure l’éditrice Marie-Claire Ardouin, restée trente-quatre ans aux Editions de Fallois. Ou alors trop tard, quand il était déjà parti sur son projet. »

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