Les amazones du Pacifique de Louis Vuitton

Et c’est reparti. Si le Covid-19 a partiellement mis en pause le calendrier de la mode en obligeant les marques à annuler leur défilé ou à les filmer sans public, ce printemps 2022 marque un retour au monde d’avant. Les mois de mai et juin sont à nouveau synonymes de défilés croisière organisés dans des destinations exotiques et/ou très instagrammables. Après Chanel qui a investi Monaco le 5 mai, c’est au tour de Louis Vuitton de faire la démonstration de sa puissance à travers un défilé croisière 2023 exceptionnel organisé le 12 mai à l’Institut Salk pour les études biologiques de San Diego (Californie).

La locomotive de LVMH a réuni 654 invités (dont environ un tiers de clients) à la station balnéaire huppée de La Jolla pour leur faire découvrir un institut de recherche scientifique non accessible au grand public. Le Salk Institute, qui emploie plusieurs centaines de chercheurs, s’est spécialisé dans la recherche en biomédecine et neurosciences ; les maladies congénitales, Alzheimer, Parkinson ou le cancer font partie de ses terrains d’investigation. Au-delà de ses vertus scientifiques, l’institut est un chef-d’œuvre architectural érigé en 1965 par Louis Kahn : deux élégants blocs de béton se font face autour d’un jardin d’eau et encadrent une vue plongeante sur le Pacifique d’où l’on peut observer le coucher du soleil.

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Le défilé était programmé à 19 h 10 heure locale pour que les vêtements – qui ont été pensés comme un dialogue avec le lieu – bénéficient de la lumière du soir qui tombe. Le ton est donné dès l’arrivée des premières silhouettes, qui se détachent au loin dans le feu crépusculaire du Pacifique : des robes aussi volumineuses que celles portées à la cour du roi Soleil il y a près de quatre siècles, dans un jacquard métallisé épais et fluide comme une coulée de lave. Le directeur artistique Nicolas Ghesquière se sert d’un espace hors du commun pour approfondir sa recherche stylistique dans cette collection où chaque vêtement s’affranchit des normes.

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Un tube de métal serpente sur une robe ballon scintillante. D’un boléro rigide aux couleurs vives inspiré par un jet ski s’échappe un pan de laine grège qui vient s’enrouler comme une jupe drapée autour des jambes. Un harnais en écailles brillantes protège la poitrine et les épaules, mais laisse le ventre nu, seulement sanglé d’une ceinture débarrassée de toute fonctionnalité puisque nouée à même la peau. Les dernières silhouettes sont des ovnis, avec leur boléro XXL qui se déploie bien au-delà des épaules et d’où s’échappent des cascades de fils de lurex. Dans cette garde-robe fantasmagorique, on aperçoit des guerrières, des héroïnes fantastiques, des déesses antiques, des amazones. En plus des mannequins, plusieurs championnes olympiques telles la skieuse Eileen Gu ou l’athlète Dalilah Muhammad ont foulé le podium.

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Chez Louis Vuitton, le chiffre d’affaires repose essentiellement sur la maroquinerie portée par la force de son logo. Le prêt-à-porter femme a plutôt un rôle de laboratoire créatif chargé d’asseoir la légitimité mode du malletier. Depuis son arrivée dans la maison en 2013, Nicolas Ghesquière s’y emploie avec succès, à coup de collections plus ou moins expérimentales. Même s’il mélange cette fois encore ses ingrédients habituels – des vêtements aux formes inédites confrontant des univers a priori incompatibles dans un cadre architectural grandiose -, il s’éloigne encore un peu plus d’une mode rationnelle et commerciale.

En positionnant son travail comme un art plutôt que comme un business, il rend plus légitime le défilé croisière : s’il s’agit d’un geste artistique et non d’un carnet de commandes, il paraît plus normal que plusieurs centaines de personnes fassent le déplacement pour un tel évènement, comme elles le feraient pour un concert. « C’est à moi de placer le curseur de la créativité, expliquait Nicolas Ghesquière quelques heures avant le show. Je me dis que si je veux aller loin, j’y vais. Et je pense que c’est d’autant plus important dans une industrie qui ne cesse de grandir, à tel point que ça donne parfois le vertige. » Comme quoi, créer des vêtements fantasques n’empêche pas d’avoir les pieds sur terre.

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