« L’Occident est bien plus influencé par l’impérialisme russe qu’il ne l’admet »

Mykola Riabchuk est directeur de recherche à l’Institut d’études politiques et des nationalités de l’Académie des sciences d’Ukraine et maître de conférences à l’université de Varsovie. Président d’honneur de l’antenne ukrainienne du PEN Club, association internationale de promotion de la liberté d’expression, il mène des travaux de recherche portant sur la construction de l’identité nationale, la société civile et l’Etat-nation, ainsi que la transition postcommuniste. A travers des études d’opinion et des enquêtes sociologiques, il a observé la consolidation du patriotisme ukrainien depuis l’indépendance, en 1991. Mykola Riabchuk est actuellement chercheur invité à l’Institut d’études avancées de Paris, où il poursuit un projet de recherche intitulé « La “crise ukrainienne” revisitée : valeurs, intérêts et renaissance de la “géopolitique” ».

Qu’est-ce qui, à votre sens, est la cause de la guerre lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine ?

Lire aussi : Guerre en Ukraine en direct : au défilé militaire du 9-Mai, Vladimir Poutine justifie à nouveau la guerre en parlant d’une « menace absolument inacceptable »

L’identité est au cœur de ce conflit. La Russie ne mène pas cette guerre pour conquérir un territoire, ou à cause du prétendu expansionnisme de l’OTAN, elle la mène avant tout pour affirmer une identité russe qui considère l’existence d’une Ukraine indépendante, démocratique et tournée vers l’Occident, comme une menace. L’identité russe a été construite au XVIIIe siècle, sous l’empire, et ne parvient toujours pas à se penser sans l’Ukraine. Poutine est empreint de cet imaginaire et tient un discours ouvertement impérialiste à l’égard de l’Ukraine depuis 2007. C’est ce qui justifie, à ses yeux, l’élimination de ceux qui seraient des mauvais Ukrainiens, des nazis, selon le Kremlin, parce qu’ils ne se pensent pas russes.

Les Ukrainiens en font aussi une question d’identité. L’indépendance du pays est en jeu, d’autant que la Russie bascule dans le totalitarisme. L’Ukraine doit soit l’emporter, soit disparaître complètement. Il est donc très difficile de trouver un compromis pour arrêter les combats.

Lire aussi l’entretien : Article réservé à nos abonnés « Nous assistons à la fin de la “pax americana”. La Russie, qui dispose du plus grand arsenal nucléaire au monde, défie l’Amérique de manière frontale »

Vous présentez l’identité ukrainienne comme étant fondamentalement unie, mais n’y a-t-il pas des lignes de faille qui la traversent, notamment en ce qui concerne la Russie ?

Dans la presse étrangère et dans le discours des dirigeants politiques, on entend souvent que l’Ukraine est divisée, ce qui correspond parfaitement à ce qu’affirme la propagande russe. L’Ukraine serait donc un pays fictif, sans réelle unité, ce qui est un mensonge. Le pays est composé de différentes ethnicités, différentes langues coexistent. Mais, comme en France, il n’y a pas de différences de statut, le principe d’égalité devant la loi prévaut, contrairement à ce que prétend le Kremlin qui veut faire croire à une oppression des minorités russophones.

Il vous reste 74.63% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We would love to thank the author of this post for this outstanding content

« L’Occident est bien plus influencé par l’impérialisme russe qu’il ne l’admet »

Travors