« Maintenant on voit ce dont les Russes sont capables : tuer les civils, tuer un peuple » : le journal de bord de deux sœurs séparées par la guerre en Ukraine

Par Elisa Mignot

Publié hier à 19h00, mis à jour à 03h33

La semaine dernière, Olga et Sasha, deux sœurs ukrainiennes, l’une en région parisienne l’autre à Kiev, livraient à M leurs premières impressions alors que l’armée russe commençait son offensive. L’aînée, âgée de 34 ans, est caviste et installée en France depuis sept ans. La cadette, 32 ans, est spécialiste en relations publiques dans la capitale ukrainienne. Depuis le 25 février, elle vit avec sa mère, son compagnon, leur chien et une amie, au rythme des sirènes et des bombardements de l’armée russe, dans le parking souterrain d’un immeuble qui leur sert d’abri.

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Mercredi 2 mars

Olga : ils bombardent Kharkiv. Une résidence universitaire. Des amis sont morts. S’ils bombardent Kharkiv, ils le feront aussi à Kyiv [Kiev, M respecte le choix orthographique d’Olga et Sasha]. Des colonnes de chars sont tout autour de la ville où vit ma famille. Je n’en peux plus. Je fais des attaques de panique. Mes proches ont décidé de rester à Kyiv. Je sais que je ne peux pas les faire changer d’avis. Ma grand-mère [installée dans un autre quartier de la capitale] pleurait ce matin au téléphone. J’ai eu ma mère tout à l’heure, elle reste positive. Elle m’a dit qu’avec Sasha elles avaient fait des crêpes pour ceux qui défendent le quartier. Pleurer prend trop d’énergie, je ne pleure plus.

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Sasha : à Borodianka, Bila Tserkva, Boutcha, Irpin, des villes autour de nous, des dizaines de personnes sont mortes dans leur maison. Un collègue de maman a perdu toute sa famille. On reçoit des messages et des stories sur Instagram de gens qui cherchent leurs proches. Ici, à Kyiv, on se prépare pour l’attaque, maintenant on voit ce dont les Russes sont capables : tuer les civils, tuer un peuple. Des femmes mortes, des enfants morts, des gens dans la rue blessés, sans jambes ni bras – on voit tout cela dans les vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux. Ils détruisent nos villes et la vie normale qu’on a eue ici, en Ukraine. Dans notre abri, on est tous sur nos smartphones : on suit les nouvelles sur des dizaines de chats sur Telegram et Insta.

A Kyiv, des magasins sont ouverts, mais pas tous. Les pharmacies ne travaillent plus, on fait appel à des volontaires qui circulent pour récolter et apporter les médicaments. Avec Olga, on a trouvé un ami qui fait ces allers-retours. Je lui ai demandé pour notre mamie, il est allé lui apporter un sac. Toute la journée, avec ma copine Y. et ma mère, on a fait des crêpes pour ­l’armée. Des centaines de crêpes ! Dans la résidence, tout le monde prépare à manger à nos soldats et aux civils de la Défense territoriale. On a reçu beaucoup de lait, on doit le cuisiner pour qu’il ne se gâche pas. Y. a commencé à faire du pain, c’est très simple en fait. On ne l’achètera plus, on va le préparer.

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