Maksym Nakonechnyi, voix de l’Ukraine au Festival de Cannes

Par Emmanuelle Lequeux

Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h00

Le réalisateur ukrainien Maksym Nakonechnyi, à Kiev, le 30 avril 2022.

« Je vous préviens, je risque de raccrocher à tout moment ! » Au moment où nous l’appelons, le jeudi 5 mai, Maksym Nakonechnyi est coincé au commissariat de Kiev. Il vient d’être interpellé pour avoir participé à une manifestation de soutien aux soldats retranchés dans l’aciérie de la ville martyre de Marioupol. « La loi martiale interdisant tout rassemblement sur la voie publique, la police veut juste nous contrôler, rassure-t-il. En état de guerre, toutes les situations sont délicates et compliquées. »

A peine ces mots prononcés, le jeune réalisateur ukrainien de 31 ans raccroche. Formé à l’université de théâtre, cinéma et télévision de Kiev, il a plusieurs courts-métrages et documentaires à son actif. Avec d’autres créateurs indépendants, il a aussi fondé Tabor, la maison de production qui a financé son premier long-métrage de fiction, Butterfly Vision. Il y retrace l’histoire d’une femme soldat ukrainienne qui revient dans sa famille après plusieurs mois de captivité aux mains des Russes, dans le Donbass.

Le Festival de Cannes l’a sélectionné dans la section Un certain regard. Mais, pour l’instant, Maksym Nakonechnyi est à mille lieues de la Côte d’Azur et de sa montée des marches. Il nous rappelle deux heures après, sorti d’embarras. « J’étais en train de filmer les familles des soldats quand nous avons été interpellés », précise-t-il alors.

Un archiviste contre la propagande russe

Maksym fait partie de ces artistes, encore nombreux, qui ont décidé de rester dans la capitale ukrainienne pour documenter l’état de siège. « Nous essayons de filmer tout ce qui est possible, sans traquer les breaking news, raconte-t-il. Nous cherchons avant tout à évoquer l’histoire des gens, à montrer combien cette guerre est sauvage et injuste pour eux. Et, bien sûr, nous faisons ce que nous pouvons pour aider la population, pour répondre aux besoins de soldats.  »

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Que fera-t-il de ces images ? « Peut-être donneront-elles naissance à des courts-métrages ou à un documentaire ? Peut-être aussi rassemblerons-nous nos efforts, avec les collègues de Tabor, pour créer un projet commun. Mais notre but initial c’est de créer des archives.  » Témoigner, pour contrer les ravages de la propagande russe, insiste celui qui n’a pas non plus chômé pour aider la presse internationale venue couvrir les événements. « Quand on voit la puissance de la propagande de Poutine, il faut marteler les faits.  »

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Se battre arme au poing ou créer ? Le dilemme s’est posé dès les premiers jours du conflit pour nombre de ses pairs artistes. Certains ont tranché pour le front. D’autres pour la résistance artistique. « Ces choix sont profondément individuels. Mais quelle que soit la réponse, l’essentiel est de rester conscient et concentré.  » L’idée de fuir l’a à peine effleuré. « A dire vrai, le troisième jour de l’invasion, quand les saboteurs russes sont devenus très actifs dans les rues de Kiev, nous avons envisagé de nous retirer en banlieue, ou dans les environs.  » Mais le couvre-feu est tombé. Impossible de quitter la capitale. Le voilà coincé dans les bureaux de­ Tabor, où il se trouve encore à l’heure où nous écrivons ces lignes.

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