Valérie Schlumberger et Ondine Saglio, la fibre solidaire

Des bracelets en plastique recyclé, fabriqués par un groupe de femmes au Mali, dont les bénéfices de la vente ont permis de faire fonctionner un lieu d’accueil pour enfants des rues à Dakar, au Sénégal, pendant vingt-deux ans ; des coussins, sacs et vestes brodés par des femmes (dont certaines sont en situation de vulnérabilité ou victimes de violences), dans des ateliers où elles acquièrent métier et indépendance financière…

« Les couleurs, les odeurs, la beauté des gens, les femmes en pagnes sublimes… Ma mère raconte qu’en arrivant à Dakar en 1968, elle n’a pas pu parler pendant trois jours. » Ondine Saglio

Fondatrice de la CSAO (Compagnie du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest), Valérie Schlumberger, pionnière en matière de ­commerce éthique et équitable, a transmis le sens de l’engagement solidaire à sa fille, Ondine Saglio, et même à sa petite-fille : « Ma grand-mère et ma maman font le plus beau métier du monde. Quand je serai grande, je travaillerai aussi dans l’humanitaire, à la réalisation de documentaires », a soufflé Lise, 12 ans, la fille d’Ondine.

Ouverte en 1995 dans un garage au fond d’une cour puis relocalisée rue Elzévir dans le Marais, à Paris, la CSAO est une boutique-galerie spécialisée dans l’artisanat et l’art africains, à laquelle se greffe une association, l’ASAO (Association du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest), l’une finançant l’autre dans la réalisation de divers projets, humanitaires, donc.

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Coup de foudre à Dakar

Le coup de foudre de Valérie Schlumberger pour le continent africain survient lorsque, à 16 ans, elle suit au Sénégal son mari thésard en ethnologie. « Les couleurs, les odeurs, la beauté des gens, les femmes en pagnes sublimes… Ma mère raconte qu’en arrivant à Dakar en 1968, elle n’a pas pu parler pendant trois jours », rapporte Ondine Saglio, tout autant attachée à ce pays qui l’a vue naître et où elle a grandi jusqu’à l’âge de 7 ans. « En immersion totale. Pour mes parents, il n’était pas question de vivre comme des expats. Avec ma sœur et mon frère nous allions à l’école du village. » Son père inaugurera, dans les années 1970, les campements villageois ­intégrés, une nouvelle forme de tourisme engageant la population, et occupera longtemps le poste de directeur de l’Institut culturel français de Dakar.

Héritière de la passion de ses deux parents pour le Sénégal, Ondine Saglio rejoint très tôt l’aventure CSAO à la direction artistique. Tandis que sa mère s’occupe du versant associatif, elle interprète de manière plus universelle les créations traditionnelles de fidèles artisans indépendants, sculpteurs sur bois, peintres sur verre, tailleurs… Sur les marchés de Dakar, elle cherche pendant des jours les tissus en wax, notamment ceux aux motifs japonisants, dans l’esprit des années 1950, qui sont ses préférés.

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Gorée, île de cœur

S’il y a bien eu une parenthèse émancipatoire de cinq ans, lorsqu’elle est partie à New York se consacrer à la photographie et fonder une famille, aujourd’hui, Ondine Saglio s’implique totalement à la tête de la CSAO. Et réserve ses magnifiques images d’enfants et de femmes ou ses clichés de nouvelles créations à un compte Instagram dont Gorée est la star. Gorée, île de cœur, où sa mère a ouvert une maison d’hôte solidaire et fondé Keur Khadija en 2015, un lieu de soutien scolaire et d’activités pédagogiques pour enfants.

Gorée où, à la suite du succès de ses mots brodés, repris pour des ­collaborations avec Côme, Christian Louboutin, Sézane, Bonpoint ou Chopard, Ondine Saglio a monté un deuxième atelier, après celui de Dakar. Là, dans ces Ateliers des rêves, 50 à 80 brodeuses tirent l’aiguille. « J’avais été marquée par deux coussins “Bonne nuit ma chérie” et “Bonne nuit mon chéri” qu’il y avait chez nous quand j’étais petite, raconte-t-elle. J’ai appris qu’au Sénégal, dans les années 1950, on les offrait aux jeunes mariés. Le premier mot qui m’est venu, pour moi le plus beau du monde et le plus ­difficile, c’est amour. »

Amour mais aussi liberté, ­bonheur, paix… les vocables au pouvoir réparateur s’écrivent sur des assiettes, des verres, des malles en métal, des tee-shirts, et sur des bocaux et des carafes en verre recouverts de fils tressés par les hommes de la prison de Dakar.

csao.fr/fr

Instagram : @ondine_csao

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Valérie Schlumberger et Ondine Saglio, la fibre solidaire

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