A Bahreïn, opposants comme loyalistes dans le viseur de Pegasus

Entre les mains d’un gouvernement mal intentionné, le logiciel espion Pegasus est une arme redoutable souvent utilisée contre la société civile, les avocats, les journalistes et les militants des droits humains. Mais si les puissants se pensent à l’abri de ce mouchard, ils se trompent : il est aussi utilisé contre les alliés des régimes clients, voire contre certains de leurs membres. Les enquêtes des médias participant au « Projet Pegasus » l’ont déjà montré au Maroc ou au Kazakhstan, et de nouvelles révélations sur l’utilisation de Pegasus l’attestent à présent dans un nouveau pays : Bahreïn.

L’ONG bahreïnie Red Line for Gulf, basée à Londres, révèle vendredi 18 février que les téléphones de trois éminents membres de la société civile du royaume du golfe Persique ont été infectés en 2021 par le logiciel espion Pegasus, vendu par la société israélienne NSO Group. Plus surprenant, une analyse d’une partie des 50 000 numéros sélectionnés par des clients de NSO Group pour un éventuel piratage, que Forbidden Stories et Amnesty International ont consultée et partagée avec seize médias, réalisée avec l’aide de Red Line for Gulf, révèle qu’un client de Pegasus s’est aussi intéressé à des dizaines de numéros de téléphones proches du régime, notamment des parlementaires loyalistes, des hauts fonctionnaires et même des membres de la famille royale.

Pegasus est un logiciel espion très performant. Une fois installé sur un téléphone, il permet non seulement d’écouter les conversations et d’accéder à une géolocalisation en temps réel, mais aussi de télécharger tout l’historique des messages contenus sur le téléphone, y compris ceux échangés via des applications sécurisées comme Signal ou WhatsApp. Dans le cas des proches du régime ciblés, faute d’avoir pu réaliser des analyses techniques sur leurs téléphones, il est impossible de dire si l’intérêt du client bahreïni de Pegasus s’est effectivement traduit par un piratage.

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Avocats et membres de la société civile

Parmi les trois membres de la société civile dont des analyses ont en revanche pu confirmer un tel piratage figure l’avocat Mohammed al-Tajer. Son téléphone a été piraté trois fois entre le 2 et le 27 septembre 2021, une semaine seulement après la publication d’une enquête révélant qu’il avait été espionné à l’aide d’un autre logiciel de surveillance.

Mohammed al-Tajer n’est pas n’importe quel avocat bahreïni : connu pour son combat en faveur de réformes démocratiques et pour avoir défendu de nombreux activistes bahreïnis, il a notamment été impliqué dans les vastes mouvements de protestation qui ont enflammé le pays en février 2011, et qui avaient été violemment réprimés par les forces de l’ordre. Il a fait l’objet de nombreuses pressions : outre l’infection de son téléphone, en 2011, par un logiciel concurrent de Pegasus, une vidéo intime de lui et de sa femme a été diffusée sur Internet.

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