A Calais, des Ukrainiens refoulés faute de visas pour le Royaume-Uni

Et soudain, deux faons apparaissent à travers la fenêtre. Ils traversent un champ. La jeune fille s’en amuse. Mais le train file à toute vitesse et elle n’a pas le temps de saisir son téléphone pour les prendre en photo. Assise à côté d’elle, sa mère a son portable en main mais elle y fait déjà défiler d’autres images… Celles de Kharkiv, la seconde ville d’Ukraine, sa ville. Ses bâtiments bombardés, éventrés, ses rues désertes. Elena et sa fille de 11 ans ont fui le 4 mars, laissant derrière elles un mari, un fils, un frère… mais aussi un métier à l’université pour l’une, des cours de ballet et des leçons de piano pour l’autre. En cinquante-deux ans de vie, c’est la première fois qu’Elena passe les frontières de l’Ukraine. En quelques jours, en bus ou en train, chargées de quelques sacs à dos, elle et sa fille ont traversé la Pologne, l’Allemagne, et, lundi 7 mars, un bout de France.

Dans le train qui les amène de Paris à Calais (Pas-de-Calais), elles visent l’Angleterre. La communauté ukrainienne britannique est évaluée à environ 100 000 personnes. Là-bas, « un ami est prêt à nous soutenir ma fille et moi », dit Elena. Elle n’a cependant pas de visa pour s’y rendre et ignore comment s’en procurer un.

Depuis plus d’une semaine, la ville frontière de Calais voit des centaines d’Ukrainiens arriver, dans l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni, et être refoulés, faute de visa. « Depuis le début de la guerre, 589 Ukrainiens sont arrivés à Calais, souligne Louis Le Franc, le préfet du Pas-de-Calais. Parmi eux, 303 ont pu se rendre en Angleterre mais 286 n’ont pas pu car ils doivent compléter leur demande de visa. »

Le Royaume-Uni est le seul pays européen à exiger encore un visa des Ukrainiens qui fuient la guerre. Et ces visas sont accordés au compte-goutte : un total de 17 700 demandes ont été soumises au titre du regroupement familial, ont annoncé lundi soir les services de la ministre britannique de l’intérieur, Priti Patel. Mais seuls 300 visas ont pour l’heure été délivrés. « Dans l’Union européenne, il y a la zone de libre circulation Schengen, les Européens ne peuvent pas imposer de contrôles, même s’ils le voulaient. Notre système est différent, et je pense qu’il est raisonnable », a relevé le premier ministre, Boris Johnson, lundi, en marge d’une rencontre avec son homologue néerlandais, Mark Rutte.

« Tout est très long »

Une situation qui nourrit la discorde entre Paris et Londres. Le ministre de l’intérieur français, Gérald Darmanin, a dénoncé dimanche « le manque d’humanité » des autorités britanniques et demandé l’ouverture d’une antenne consulaire à Calais pour éviter aux Ukrainiens refoulés de devoir s’en retourner vers les ambassades britanniques de Paris ou Bruxelles. Lundi, Mme Patel affirmait d’abord à la Chambre des communes : « Nous avons un bureau près de Calais, mais pas sur le port », avant d’avouer que ce bureau « n’est pas encore opérationnel ». « En attendant, ceux qui sont refoulés doivent être hébergés, nourris et leur nombre s’accroît de jour en jour », insiste Louis Le Franc.

Il vous reste 55.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We want to say thanks to the writer of this short article for this awesome material

A Calais, des Ukrainiens refoulés faute de visas pour le Royaume-Uni

Travors