A Tripoli, le désarroi de l’électorat sunnite libanais

Dans la cité portuaire de Tripoli, la métropole sunnite du nord du Liban, on se prête sans enthousiasme au jeu des pronostics électoraux. La campagne pour les élections législatives du 15 mai, déjà chamboulée par le retrait du chef de la communauté sunnite Saad Hariri, a été mise en veille face à la colère des Tripolitains après le naufrage d’une embarcation de migrants qui a fait sept morts et une trentaine de disparus, le 23 avril.

Dans les heurts qui ont suivi, des affiches électorales ont été arrachées, d’autres retirées par les candidats pour ne pas échauffer davantage les esprits. Symptôme de la misère et de l’insécurité qui rongent la ville, et ce plus durement encore avec l’effondrement économique du Liban ces dernières années, le drame jette une ombre sur le scrutin, le premier depuis le soulèvement populaire de 2019 qui demandait le départ de responsables politiques jugés corrompus.

Lire aussi l’archive (2019) : Article réservé à nos abonnés « Le mur de la peur est tombé » : au Liban, l’union sacrée des manifestants

Figures traditionnelles comme nouveaux venus promettent, souvent sans véritable programme à l’appui, le « changement » pour convaincre les électeurs déçus et les abstentionnistes. La tâche est ardue dans une circonscription où seuls 38 % des 350 000 inscrits s’étaient rendus aux urnes en 2018. Les réseaux clientélistes et les rabatteurs de vote ont été mobilisés. « L’être humain, ici, n’a pas sa dignité. Notre avis compte peu. Il y a toujours les mêmes têtes, les mêmes promesses non tenues. Aucun d’eux n’a de miséricorde face au drame que l’on vit. Les gens disent qu’ils ne voteront pas, mais ils le feront si on leur propose de l’argent, car ils ont besoin de manger », déplore Mahmoud Al-Karakeh, un mécanicien de 68 ans.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Liban, début de campagne électorale en vue des législatives

« Les sunnites sont déchirés et désorientés. Ils veulent le changement des règles du jeu, pas seulement du joueur, or ce n’est pas ce qu’on leur offre », résume l’analyste politique Khaldoun Al-Sharif. L’annonce, fin janvier, par Saad Hariri, qu’il se retirait de la vie politique, et l’ordre donné à son parti, le Courant du futur, de boycotter le scrutin, a rebattu les cartes. A la suite de son père, Rafic, assassiné en 2005, le chef sunnite exerçait sur sa communauté un pouvoir quasi hégémonique : son parti avait encore raflé 21 des sièges sunnites en 2018, dont cinq à Tripoli. L’électorat sunnite – appelé à élire 32 des 128 députés selon la répartition confessionnelle des sièges à l’Assemblée, dont huit à Tripoli – est désormais l’objet de convoitises entre les deux blocs qui s’affrontent à l’échelle nationale, emmenés respectivement par le mouvement chiite Hezbollah et les Forces libanaises (FL, droite chrétienne).

Il vous reste 65.58% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We wish to thank the author of this short article for this amazing content

A Tripoli, le désarroi de l’électorat sunnite libanais

Travors