Alexander Temerko, opposant de Poutine, généreux donateur des tories : « Je ne suis pas un oligarque »

Comment appeler un multimillionnaire qui a fait fortune en Russie dans la défense et le pétrole dans les années 1990 ? « Je ne suis pas un oligarque », coupe immédiatement Alexander Temerko. En ces temps de sanctions tous azimuts et d’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’homme, 55 ans, tient à marquer sa différence. Il est peut-être richissime, très généreux donateur du parti conservateur – il a versé à titre personnel ou par le biais de ses entreprises plus de 1,6 million de livres sterling, soit près de 2 millions d’euros, depuis 2012 –, mais il assure n’avoir rien à voir avec la clique proche de Vladimir Poutine.

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« Les oligarques de Poutine, ce ne sont pas des entrepreneurs, pas des gens à la Elon Musk, qui créent de la valeur grâce à leur talent, mais des fainéants, des sangsues qui ponctionnent l’argent du budget de l’Etat ou des marchés publics », insiste M. Temerko, au ton passionné mâtiné d’un fort accent russe. Quant à ceux qui s’inquiètent de son influence auprès du gouvernement britannique – il a financé 21 députés –, il réplique la main sur le cœur : « Il n’est pas possible d’acheter de l’influence au Royaume-Uni. C’est un pays civilisé. Mais je suis un activiste politique. »

Insaisissable M. Temerko, qui élude les questions et parle de lui à la première personne du pluriel. Dans le luxueux immeuble de Pall Mall qui lui sert de bureau, au cœur du quartier politique de Londres – Downing Street est à deux pas –, l’homme d’affaires tient à mettre les choses au clair. Carte militaire de l’Ukraine sous les yeux, gros dossier ouvert à la page « Tracking sanctions against Russia » (suivi des sanctions russes), il rappelle être né en Ukraine, « dans la région de Zaporijia ». « Puis on a déménagé avec mes parents dans le Donbass, qui est aujourd’hui la région la plus affectée militairement. Mon école a été détruite. »

« Idée paranoïaque »

L’invasion de l’Ukraine par la Russie ? « C’est une agression outrageuse et sans fondements de Poutine, qui a l’idée paranoïaque de restaurer les frontières de l’ex-Union soviétique. » Il appelle de ses vœux une interdiction de survol du territoire ukrainien. S’il s’en défend, M. Temerko est un pur produit de la Russie du far-west des années 1990 : anticommuniste, probusiness, ultra-libéral. « Mon premier combat a été contre le parti communiste, puis contre Poutine », assure l’homme, pull camionneur sous son costume parfaitement taillé, arborant un pin’s aux couleurs de l’Ukraine. Diplômé d’une université technique moscovite, l’Institut d’appareillages électroniques de Moscou, il a fait fortune dans le giron de l’équipe de Boris Eltsine, le président russe des années 1990, dont il devient un membre éminent. « Eltsine était un meneur, dès qu’il y avait une nouvelle idée, il prenait une décision, bonne ou mauvaise, qu’il soit à jeun ou non. »

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