Assassinat du député britannique David Amess : un homme radicalisé condamné à la prison à vie

Un jeune sympathisant du groupe Etat islamique a été condamné, mercredi 13 avril, à la prison à perpétuité sans possibilité de libération pour l’assassinat du député britannique David Amess. La mort de ce membre du Parti conservateur, vétéran de la Chambre des communes, élu sans discontinuer depuis 1983 dans l’Essex (est de Londres), avait provoqué une très vive émotion au Royaume-Uni, où le Parlement reste le socle de la démocratie.

En condamnant Ali Harbi Ali, 26 ans, Nigel Sweeney, juge à la cour criminelle de l’Old Bailey à Londres, a déclaré qu’il n’avait eu « aucun doute » sur la nécessité de lui infliger la perpétuité totale – une peine rarissime au Royaume-Uni – pour l’assassinat à coups de couteau de l’élu lors d’une permanence parlementaire, le 15 octobre. « Il s’agit d’un assassinat qui a frappé le cœur de notre démocratie », a déclaré M. Sweeney.

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« Acte de vengeance »

Le procureur Tom Little avait souligné que l’assassinat de M. Amess était un « acte de vengeance », prémédité « de longue date » et touchant un élu en train d’exercer sa mission.

Ali Harbi Ali, qui est né et a grandi à Londres dans une famille d’origine somalienne, avait été reconnu coupable, lundi, de meurtre et de préparation d’actes terroristes. Le jeune homme avait plaidé non coupable, mais il avait déclaré la semaine dernière à l’audience avoir visé l’élu de 69 ans parce que ce dernier avait voté en faveur de frappes aériennes en Syrie. Frustré de ne pas aller combattre lui-même dans le pays avec l’EI, l’accusé s’était dit qu’il devait « essayer de faire quelque chose ici pour aider les musulmans là-bas ».

« Je me réjouis de la sentence prononcée aujourd’hui », a réagi le premier ministre britannique, Boris Johnson. « Nous ne permettrons jamais à ceux qui commettent des actes de malveillance de triompher de la démocratie. » L’attaque était survenue alors que M. Amess recevait ses administrés dans une église méthodiste de Leigh-on-Sea, située à 60 kilomètres à l’est de Londres. L’élu conservateur avait été poignardé une vingtaine de fois.

Son assistante, Julie Cushion, a déclaré dans un communiqué qu’elle ne pourrait « jamais oublier le cri » de sa collègue Barbara au moment de l’attaque. Elle a aussi décrit le regard « béat et content de lui-même » de l’agresseur après le drame. « Cela nous brise le cœur de savoir que notre mari et père a dû accueillir le meurtrier avec un sourire amical », a déclaré la famille de David Amess dans un communiqué.

Le traumatisme de l’assassinat de Jo Cox ravivé

La mort de David Amess, élu depuis 1983, avait ravivé le traumatisme de l’assassinat de l’élue travailliste Jo Cox en juin 2016. Cette députée de 41 ans avait été tuée de plusieurs balles et coups de couteau une semaine avant le référendum britannique sur l’appartenance à l’Union européenne.

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Ces deux drames ont suscité des appels à renforcer la sécurité des élus et à apaiser un débat politique électrique ces dernières années, notamment depuis les échanges autour du Brexit.

Ali Harbi Ali avait, selon les médias britanniques, suivi brièvement un programme de lutte contre la radicalisation, sans être considéré comme à risque par les services de sécurité. En plus de sa condamnation à la perpétuité réelle pour l’assassinat de David Amess, il a été condamné à une peine de prison à perpétuité pour « préparation d’actes de terrorisme ».

Il avait envisagé de tuer d’autres députés et avait rôdé autour du Parlement armé d’un couteau l’été dernier. Il avait mené des recherches sur plusieurs élus et s’était rendu plusieurs fois près du domicile du ministre Michael Gove. Ali Harbi Ali avait été arrêté quelques minutes après le drame par deux policiers armés seulement de matraques et de gaz lacrymogène.

Le Royaume-Uni a connu plusieurs attaques djihadistes au couteau ces dernières années, certaines revendiquées par l’EI. Aucune revendication n’a été rendue publique depuis la mort de M. Amess.

Un mois après la mort de M. Amess et au lendemain de l’explosion d’un taxi devant un hôpital de Liverpool (nord de l’Angleterre), considérée par la police comme étant un attentat, le gouvernement avait relevé à « grave » le niveau de la menace terroriste sur le sol britannique. Il a depuis été rétrogradé à « important ».

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Le Monde et AFP

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Assassinat du député britannique David Amess : un homme radicalisé condamné à la prison à vie

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