Au Chili, le droit à l’avortement entre dans le brouillon de la nouvelle Constitution

La nouvelle a été accueillie par les cris de joie de centaines de femmes massées devant l’ancien Congrès de Santiago, où la Convention constitutionnelle du Chili rédige la nouvelle Loi fondamentale pour remplacer l’actuelle, héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). L’Assemblée constituante a approuvé, mardi 15 mars, une disposition autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Celle-ci intègre désormais le brouillon du texte de la nouvelle Loi fondamentale, qui doit être approuvé par référendum en septembre.

La clause de l’article 16 sur les droits sexuels et reproductifs – votée à 108 voix pour, 39 contre et 6 abstentions – stipule que l’Etat doit assurer « à toutes les femmes et personnes en capacité de gestation les conditions d’une grossesse volontaire et protégée, d’une IVG, d’un accouchement et d’une maternité volontaires et protégées ». L’Etat, ajoute le texte, « garantit aussi son exercice sans violence ni ingérence de tiers, qu’il s’agisse d’individus ou d’institutions ».

« La force de la marée verte »

Dans l’enceinte de l’ancien Congrès, des applaudissements ont retenti à l’annonce du vote, salué aux cris de « avorter, ou pas, ça, c’est moi qui décide ». « Nous saluons le travail infatigable et responsable des constitutionnalistes féministes, accompagnées par la force de la marée verte », a tweeté Camila Vallejos, la porte-parole du nouveau gouvernement de gauche de Gabriel Boric, investi le 11 mars, en référence au mouvement féministe qui a adopté les foulards verts hérités des militantes argentines comme symbole de la lutte pour le droit à l’avortement.

A l’opposé, le sénateur Felipe Kast (neveu de l’ancien candidat d’extrême droite à la présidentielle, José Antonio Kast) a qualifié le vote de « lamentable » : « C’est terriblement douloureux, parce que pour beaucoup de Chiliens, religieux ou pas (…), l’enfant à naître mérite de la dignité, c’est un être humain, comme vous et moi. »

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Le projet d’article, appelé « Sera Ley » (ce sera légal), avait été proposé par l’Assemblée permanente pour la légalisation de l’avortement, un collectif de diverses organisations féministes. Il s’est agi de la première « initiative de participation populaire » à réunir, fin décembre 2021, les 15 000 signatures nécessaires à son traitement par les commissions de l’Assemblée constituante.

L’héritage de la dictature de Pinochet

« J’ai 52 ans, dont 47 sans ma mère, qui a perdu la vie pendant un avortement septique, a raconté, lors de la séance de mardi 15 mars, au bord des larmes, la constitutionnaliste Lorena Vidal Hernandez, qui portait un foulard vert autour du cou. Pour elle, et pour trop d’autres femmes, nous sommes arrivées trop tard. » Selon diverses études, 70 000 avortements par an sont pratiqués au Chili, l’immense majorité dans la clandestinité : seules 1 827 IVG ont été réalisées de manière légale entre 2018 et 2020.

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