Au Liban, l’errance des réfugiés syriens expulsés des camps

Par Laure Stephan

Publié hier à 13h00, mis à jour hier à 16h31

Des neuf années que Madiane Al-Ahmad et sa famille élargie ont passées dans un camp informel à Bar Elias, dans la vallée de la Bekaa, au Liban, il ne reste que quelques pierres au sol. Ces réfugiés syriens ont été expulsés à l’automne 2021, après un différend entre les propriétaires du terrain. Les déplacés – trente-cinq personnes – ont trouvé abri dans un entrepôt vide, proche de l’ancien camp. Mais cet arrangement est menacé : ils doivent renouveler ces jours-ci le loyer, 1 200 dollars (1 085 euros) pour six mois. « Je ne sais pas comment trouver cette somme. Avec la crise au Liban, il n’y a plus de travail », soupire Madiane, 47 ans, sans emploi après avoir collaboré avec des associations d’aide aux Syriens.

Madiane Al-Ahmad, réfugié syrien dans un entrepôt à Bar Elias, dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, le 28 février 2022, où il habite avec sa famille depuis leur expulsion d’un camp tout proche à l’automne 2021.

Face au risque d’une nouvelle expulsion, cet homme originaire de la région de Qoussair, à la frontière avec le Liban, a peu d’options hormis tenter de réduire le nombre de mensualités à payer d’avance. La famille avait été contrainte de dormir dehors, sans toit, avant de loger dans le hangar. « Nous souhaitons revivre dans un camp, comme avant : en échange du terrain, nous travaillions dans l’agriculture. Tout y était organisé. Nous avons trouvé un lieu, mais nous n’obtenons pas l’autorisation des autorités pour nous y installer », regrette Madiane.

« Le logement est devenu un défi »

Dans l’entrepôt, il vit dans une pièce avec son épouse et leurs six enfants. Ils ont fixé des bâches de plastique pour masquer l’ouverture laissée par le rideau de fer remonté à l’extérieur, afin que passe la lumière. Le réchaud à mazout fonctionne au minimum, faute d’argent. L’hiver finissant a pourtant été rude. « Ce lieu n’est pas fait pour y vivre », résume Madiane, près du tableau blanc sur lequel il donne des cours à ses enfants, non scolarisés. Leurs proches se sont aussi aménagés des espaces sommaires dans le bâtiment.

Mahassine, une réfugiée syrienne dans son logement à Al-Marj, dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, le 28 février 2022.
Des vêtements sèchent dans le logement de Emm Alaa’ où elle vit avec ses enfants, dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, le 28 février 2022.

Dans un pays en plein effondrement, où les prix flambent, « le logement est devenu un défi », confirme Mahassine, originaire de la banlieue de Damas, dans son petit salon d’Al-Marj, une autre localité de la Bekaa. Les réfugiés syriens sont près de 1,5 million au Liban, selon les autorités. « Le loyer augmente. En six ans, je n’ai jamais pu obtenir de contrat de location », décrit cette veuve, éducatrice pour des petits Syriens, qui a fui son pays avec ses enfants après avoir été emprisonnée plusieurs mois par le régime.

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Des réfugiés sollicitent souvent cette activiste : comme Oum Alaa, 50 ans. Cette femme, séparée, fond en larmes en évoquant les épreuves qu’elle endure : un fils adolescent handicapé après avoir été blessé enfant par un obus dans la Ghouta orientale, près de Damas ; des dettes vertigineuses pour suivre l’inflation galopante ; et le loyer « qui a triplé en quelques mois, pour atteindre 1 200 000 livres libanaises [environ 53 euros, plus de deux fois le salaire minimum]. Mes fils font des petits boulots, mais ça ne suffit pas. » Désormais, le propriétaire veut récupérer l’immeuble. « Il m’a donné un sursis, car j’ai subi une opération. Nous irons dans un camp, se résigne Oum Alaa. Le loyer sera moins coûteux. »

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