« Dans la tête de Boris Johnson », sur Arte : pour « Bojo », le pouvoir quoi qu’il en coûte

ARTE – MARDI 22 FÉVRIER À 22 H 25 – DOCUMENTAIRE

Alexander Boris de Pfeffel Johnson pourrait être un formidable personnage de série à succès. Dans une série britannique naturellement, déjantée, cynique, provocatrice et drôle jusque dans ses pires excès. Car Boris Johnson – « BoJo » pour les intimes et les autres –, populiste et cultivé, dénué de scrupules pour parvenir, puis se maintenir au pouvoir, sait dompter son public, toujours prêt à prendre des libertés avec la vérité pour séduire les foules.

En attendant de revoir « BoJo » dans une série à succès – comme ce fut brièvement le cas lors d’un épisode d’EastEnders, en 2009 –, l’homme à la coiffure improbable se contente, depuis le 23 juillet 2019, de diriger la cinquième puissance mondiale. Pour combien de temps ? That is the question

Auteurs de ce documentaire riche en archives filmées et de nombreux témoignages éclairants d’anciens collaborateurs ou adversaires politiques, Alice Cohen et Eric Albert (journaliste au Monde) retracent le parcours d’un animal politique atypique.

Instinct et culot

Né à New York, loin de l’aristocratie britannique classique, Boris Johnson, fils aîné d’une riche peintre et d’un ancien eurodéputé conservateur, est parvenu au pouvoir après un parcours annoncé depuis longtemps. « Je crois que mon père n’est pas satisfait qu’un seul de ses fils soit premier ministre [PM]. Il voudrait qu’au moins deux de ses fils soient premier ministre ! », lance Rachel Johnson, journaliste et sœur de Boris.

De ses années d’études dans les temples de l’élite anglaise que sont Eton et Oxford, à son arrivée au 10 Downing Street, en passant par sa carrière de journaliste au Daily Telegraph, en poste à Bruxelles (1989-1994), son mandat parfois burlesque de maire de Londres (2008-2016) et ses saillies peu diplomatiques en tant que député, Boris Johnson s’est mis en scène avec un culot qui lui a rarement fait défaut.

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L’un des interlocuteurs interrogé résume : « Ce n’est pas un homme de grandes convictions. Il s’intéresse au pouvoir plus qu’à la politique. » Max Hastings, qui l’avait embauché à la rédaction du Daily Telegraph, enfonce le clou : « Boris Johnson a un problème avec la vérité. Parce que son instinct avec n’importe quel public est de lui dire ce qu’il veut entendre. »

Au-delà des outrances, des blagues et des mises en scène parfois cocasses de « BoJo », ce documentaire a le mérite de décortiquer la manière dont l’intéressé mène le pays depuis son arrivée au pouvoir, et notamment depuis les élections anticipées de décembre 2019, remportées tel un coup de poker gagnant.

Sortie du Brexit, gestion de la crise sanitaire, relations avec les Etats-Unis, « Royaume de moins en moins Uni », comment tenir le cap ? De promesses non tenues en improvisations, « BoJo » agit comme il l’a, semble-t-il, toujours fait, à l’instinct. Mais face à la complexité des problèmes, la méthode a trouvé ses limites.

Analysé dans la dernière partie du documentaire, le cas emblématique de l’Ecosse, où la population a massivement rejeté le Brexit et dont les responsables politiques demandent un nouveau référendum sur l’indépendance – fermement refusé pour l’instant par le PM –, résume bien la situation. Après une telle carrière, Boris Johnson restera-t-il finalement dans l’histoire comme celui qui a désuni le royaume en perdant l’Ecosse ? En attendant la chute, le spectacle continue.

Dans la tête de Boris Johnson, d’Alice Cohen et Eric Albert (Fr., 2021, 52 min). Sur Arte.tv jusqu’au 28 juillet.

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« Dans la tête de Boris Johnson », sur Arte : pour « Bojo », le pouvoir quoi qu’il en coûte

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