Dans le nord-est de la Colombie, l’engrenage de la violence

Quatre-vingt-six personnes ont été tuées depuis le début de l’année dans une région du nord-est de la Colombie, frontalière du Venezuela, devenue ces dernières semaines l’un des épicentres de la violence dans le pays. Le ministre de la défense, Diego Molano, et le ministre de l’intérieur, Daniel Palacios, ont tenu samedi 12 février un conseil de sécurité dans la localité de Tame, l’un des points chauds dans ce département d’Arauca (à environ 400 kilomètres au nord-est de Bogota).

L’Arauca est, depuis le début de janvier, le théâtre d’une sanglante rivalité entre membres de deux groupes armés, l’ELN (Armée de libération nationale, guérilla guévariste) et des dissidents des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), qui rejettent l’accord de paix signé en 2016 avec cette guérilla marxiste. Au total, 86 homicides ont eu lieu depuis le début de l’année dans le département, a fait savoir, au cours d’un point de presse, M. Palacios.

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Les quatre dernières victimes en date ont été exécutées jeudi alors qu’elles circulaient, elles-mêmes armées, dans un véhicule immatriculé au Venezuela, et sont des membres de la dissidence, a précisé M. Palacios. Membres de l’ELN et dissidents des FARC se livrent une lutte acharnée pour le contrôle de cette région frontalière, séparée du Venezuela par la rivière Arauca, une zone de contrebande et une route importante du narcotrafic. La plupart des victimes ont trouvé la mort dans des assassinats ciblés.

Têtes mises à prix

Evoquant la mise en place d’un « nouveau dispositif de sécurité », le ministre de la défense a répété que « ce qui se passe aujourd’hui en Arauca a son origine au Venezuela, dans la confrontation entre l’ELN, associée à la Segunda Marquetalia [un autre groupe armé], contre les dissidents des FARC ». « Les forces de sécurité [colombiennes] sont à l’offensive pour garantir la sécurité dans la zone frontalière », a assuré son homologue de l’intérieur. Près de sept mille hommes sont actuellement déployés dans le département pour « protéger les activités stratégiques et les voies principales », avec par ailleurs un travail accru des services de renseignement, selon les autorités.

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L’Arauca est zone de production pétrolière, et l’armée entretient un lourd dispositif autour de ces installations. Les têtes des chefs des deux groupes – alias « Pablito » pour l’ELN, et « Antonio Medina » pour la dissidence – sont mises à prix respectivement pour 1 million et 250 000 dollars (environ 880 000 et 220 000 euros).

La région est, depuis des décennies, un fief de l’ELN, qui y dispose de nombreux relais dans la population et y impose la loi du silence. Des mesures supplémentaires seront prises pour assurer la protection des candidats aux élections législatives du 13 mars, a par ailleurs fait savoir le ministre de l’intérieur. Selon Bogota, les guérillas colombiennes, l’ELN notamment, ont leur base arrière au Venezuela, où elles reçoivent appui et soutien. Caracas dément ces accusations. Une frontière poreuse de près de 2 200 kilomètres de longueur, zone de multiples trafics, sépare les deux pays, dont les relations sont exécrables et qui ont rompu leurs relations diplomatiques en 2018.

Le Monde avec AFP

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