« Elle gagne en notoriété avec chaque livre qu’elle n’écrit pas » : Fran Lebowitz, un mythe new-yorkais

Par Clémentine Goldszal

Publié aujourd’hui à 02h17, mis à jour à 06h24

L’autrice américaine Fran Lebowitz, à New York, le 4 janvier 2022.

Elle est arrivée avec un quart d’heure d’avance à notre rendez-vous. Si elle s’enorgueillit de connaître Manhattan comme sa poche, la pandémie a réduit l’affluence dans les rues et brouillé ses repères, explique-t-elle. Pas très grande, plutôt râblée, elle boitille dans ses éternelles bottes de cow-boy marron, la faute à une blessure au pied qui l’embête depuis des semaines.

Mais Fran Lebowitz n’est pas du genre à s’apitoyer sur elle-même, même si elle peste contre les inconvénients de l’âge – « J’ai 71 ans, ça fait bien longtemps que plus personne ne me demande si je suis en forme. C’est un truc dont on ne s’enquiert qu’auprès des jeunes. » Rendez-vous était pris dans la spectaculaire Rose Main Reading Room de la New York Public Library, « la plus grande salle de lecture de la plus grande bibliothèque de la plus grande ville du pays », dixit le New Yorker en 2016. Quelque 90 mètres de long, un plafond peint d’un immense ciel nuageux, des murs tapissés d’ouvrages de référence.

Devant la photographe, Fran Lebowitz prend la pose obligeamment, à l’abri de son éternel uniforme : bottes de cow-boy donc, jean 501 à revers, veste de costume de chez Anderson and Sheppard – le tailleur de Savile Row, à Londres, qui habilla Marlene Dietrich, Fred Astaire et prend soin du prince Charles –, chemise blanche à boutons de manchettes, cheveux noirs coupés au carré sous les oreilles et lunettes en écaille sur le nez. « Je n’ai jamais aimé me faire prendre en photo, glisse-t-elle. C’est ennuyeux et je n’aime pas être l’objet de ce genre d’attention. J’apprécie qu’on m’écoute, pas qu’on me regarde. La plus grande qualité pour un photographe, selon moi, c’est la rapidité. »

Héroïne d’une série signée Martin Scorsese

Fran Lebowitz a pourtant été photographiée par les plus grands – Robert Mapplethorpe, Annie Leibovitz, Patrick Demarchelier, Brigitte Lacombe, Mario Sorrenti, Peter Hujar, Paolo Roversi. Confortant un peu plus son statut de symbole. Celui du New York disparu des années 1970, d’une époque où se mêlaient les mondes du rock’n’roll, de l’underground, de l’art contemporain et des lettres.

Fran Lebowitz est d’ailleurs ce qu’on a coutume d’appeler « une femme de lettres ». Sauf qu’elle n’écrit pas. Ou plutôt plus. En 1978, le recueil de textes Metropolitan Life en fait une petite vedette de l’intelligentsia new-yorkaise. Suit un autre recueil, Social Studies (1982). Tous deux seront compilés dans l’ouvrage The Fran Lebowitz Reader, paru pour la première fois en 1994 et aujourd’hui traduit en français sous le titre Pensez avant de parler. Lisez avant de penser, tout juste sorti chez Fayard. Un livre pour enfants, également en 1994, puis rien.

Il vous reste 82.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We wish to thank the author of this post for this awesome web content

« Elle gagne en notoriété avec chaque livre qu’elle n’écrit pas » : Fran Lebowitz, un mythe new-yorkais

Travors