En Afghanistan, les talibans ordonnent aux femmes de porter un voile intégral en public

En Afghanistan, les talibans renforcent encore leur contrôle des femmes. Leur chef suprême, Haibatullah Akhundzada, a ordonné, samedi 7 mai, aux Afghanes de porter un voile intégral dans l’espace public, de préférence la burqa. Il s’agit de la plus sévère restriction à leur liberté depuis le retour au pouvoir des talibans, à la mi-août.

« Elles devraient porter un tchadri [autre nom de la burqa], car c’est traditionnel et respectueux », note le décret signé par M. Akhundzada et rendu public samedi par le gouvernement taliban, devant la presse, à Kaboul.

« Les femmes qui ne sont ni trop jeunes ni trop vieilles devraient voiler leur visage, à l’exception de leurs yeux, selon les recommandations de la charia, afin d’éviter toute provocation quand elles rencontrent un homme » qui n’est pas un proche membre de leur famille, ajoute ce décret. Si elles n’ont pas d’importante tâche à effectuer à l’extérieur, il est « mieux pour elles de rester à la maison ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Afghanistan, l’exclusion des filles de l’école signe la victoire de l’aile dure des talibans

Ce décret liste aussi les punitions auxquelles sont exposés les chefs de famille qui ne feraient pas respecter le port de ce voile intégral. Les deux premières infractions seront sanctionnées d’un simple avertissement. A la troisième, ils se verront infliger trois jours de prison, et à la quatrième ils seront traduits en justice. Par ailleurs, toute employée gouvernementale ne portant pas le voile intégral sera immédiatement licenciée.

Malgré des promesses, répression des droits des femmes

« L’islam n’a jamais recommandé le tchadri, a réagi une militante des droits des femmes restée en Afghanistan, sous le couvert de l’anonymat. Les talibans, au lieu d’être progressistes, retournent en arrière. Ils se comportent comme lors de leur premier régime, ce sont les mêmes qu’il y a vingt ans. »

« Nous sommes une nation brisée, forcée à endurer des assauts que nous ne pouvons pas comprendre. En tant que peuple, nous sommes écrasés », a de son côté tweeté Muska Dastageer, ancienne professeure à l’Université américaine d’Afghanistan, aujourd’hui installée à l’étranger. Depuis la mi-août, le redouté ministère de la promotion de la vertu et de la prévention du vice avait déjà publié plusieurs recommandations sur la manière dont les femmes devaient se vêtir. Mais il s’agit du premier texte sur le sujet promulgué à l’échelon national.

Les Etats-Unis ont réagi à ces restrictions des droits des femmes en Afghanistan, par le biais d’un porte-parole du département d’Etat américain. « Nous sommes extrêmement préoccupés que les droits des femmes et filles afghanes et les progrès accomplis dans ce domaine au cours des vingt dernières années soient rognés », a déclaré ce porte-parole. Washington et ses alliés sont « profondément troublés par les récentes mesures prises par les talibans contre les femmes et les filles, dont les restrictions concernant l’éducation et les voyages », a-t-il ajouté.

Les Nations unies ont également condamné cette décision. Elle « va à l’encontre de nombreuses assurances concernant la protection des droits humains pour tous les Afghans » qui ont été données ces dernières années à la communauté internationale par des représentants des talibans, insiste dans un communiqué la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan.

Les talibans avaient jusqu’ici exigé que les femmes portent au minimum un hidjab, un foulard couvrant la tête mais laissant apparaître le visage. Mais ils recommandaient vivement le port de la burqa, qu’ils avaient déjà imposé lors de leur premier passage au pouvoir, entre 1996 et 2001. Lors de ce premier régime, ils avaient privé les femmes de presque tous leurs droits, conformément à leur interprétation ultrarigoriste de la charia, la loi islamique. Les agents du ministère de la promotion de la vertu et de la prévention du vice fouettaient ainsi toute femme surprise sans burqa.

Quête de reconnaissance internationale rendue difficile

Après avoir repris le pouvoir, mettant fin à vingt ans d’occupation par les Etats-Unis et leurs alliés, qui les en avaient chassés en 2001, les talibans avaient promis de se montrer plus souples. Cependant, ils ont rapidement renié leurs promesses, érodant à nouveau progressivement les droits et balayant deux décennies de liberté conquise par les femmes.

Celles-ci sont désormais largement exclues des emplois publics et ont l’interdiction de voyager seules. En mars, les talibans ont fait refermer aux filles les lycées et collèges, quelques heures à peine après leur réouverture, annoncée de longue date. Cette volte-face inattendue, qui n’a pas été justifiée sinon pour dire que l’éducation des filles devait se faire en conformité avec la charia, a scandalisé la communauté internationale. Les talibans ont aussi imposé la séparation des femmes et des hommes dans les parcs publics de Kaboul, avec des jours de visite réservés.

Le décret publié samedi pourrait compliquer un peu plus la quête de reconnaissance des talibans, que la communauté internationale a directement liée au respect des droits des femmes. « C’est un retour en arrière inattendu, qui ne va pas aider les talibans à être internationalement reconnus. De telles initiatives ne vont faire qu’intensifier l’opposition à leur égard », a estimé l’analyste pakistanais Imtiaz Gul.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés En Afghanistan, les talibans partagés entre pragmatisme et répression

Ces deux dernières décennies, les Afghanes avaient acquis des libertés nouvelles, retournant à l’école ou postulant à des emplois dans tous les secteurs d’activité, même si le pays est resté socialement conservateur. Des femmes ont d’abord essayé de faire valoir leurs droits en manifestant à Kaboul et dans de grandes villes, après la prise du pouvoir par les talibans. Mais ces derniers ont férocement réprimé le mouvement, arrêtant nombre de militantes et en détenant certaines, parfois pendant plusieurs semaines.

Le Monde avec AFP

We want to give thanks to the author of this write-up for this awesome material

En Afghanistan, les talibans ordonnent aux femmes de porter un voile intégral en public

Travors