« En Inde, le rejet des musulmans handicape l’économie »

Chronique. Les sanctions occidentales contre la Russie donnent des idées aux extrémistes hindous. Non pas que ces derniers les soutiennent, bien au contraire : leur chef de file, le premier ministre indien Narendra Modi, n’a pas condamné l’invasion militaire russe en Ukraine. Ils ont plutôt découvert, à cette occasion, une arme redoutable pour discriminer et marginaliser la minorité musulmane en Inde. Début mars, plusieurs organisations du Karnataka, un Etat du sud du pays, ont demandé l’exclusion des vendeurs musulmans des enceintes de temples hindous pendant les festivals religieux, pourtant habitués à accueillir des habitants de toutes confessions, selon une longue tradition de syncrétisme religieux. Les vendeurs de mangues et les chauffeurs de taxi musulmans, ainsi que des boucheries halal, ont ensuite été visés par des appels au boycott. Dans les colonnes du Times of India, la journaliste Sagarika Ghose s’inquiète d’un « apartheid économique » qui « alimente un climat de la peur » et pourrait ralentir l’activité du pays.

Un « djihad économique »

Les extrémistes veulent lutter contre ce qu’ils nomment le « djihad économique », une théorie complotiste qui accuse les musulmans d’empêcher les hindous d’accéder au marché ou d’islamiser le pays via, par exemple, la commercialisation de viande halal. Même si ces appels au boycott ne sont pas nouveaux, ils se sont multipliés au cours des dernières semaines. Avec le « djihad du jus de fruit », les musulmans qui vendent dans la rue du jus de canne à sucre ou d’orange sont soupçonnés de vouloir empoisonner les hindous, et avec le « bangle jihad », ils sont accusés de vouloir séduire de jeunes hindoues en leur vendant des « bangles », à savoir des bracelets.

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L’obsession du « djihad économique » a plusieurs explications. D’abord, le secteur informel en Inde a beaucoup souffert de la crise du Covid-19. Or Bharat Shetty, le chef de l’organisation extrémiste Bharat Rakshak Vedike justifie par exemple le boycott des chauffeurs de taxi musulmans par le devoir de solidarité des passagers hindous pour les chauffeurs de leur communauté. Ensuite, ces appels aux boycotts servent un objectif politique. Le parti nationaliste hindou du Bharatiya Janata Party (BJP) a besoin de se renforcer dans un État, le Karnataka, qu’il dirige d’une courte majorité. Il espère mobiliser l’électorat hindou en ouvrant les lignes de fractures communautaires et en attisant la haine des musulmans. Une stratégie qui a le soutien tacite de M. Modi. En mars, plusieurs établissements scolaires de l’Etat ont interdit le port du hidjab sous la pression des franges radicales hindoues. Une interdiction autorisée, à la mi-mars, par la Haute Cour du Karnataka, au motif que le port du hidjab « ne constituait pas une pratique religieuse essentielle dans la foi islamique ».

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