Espagne : la lutte contre l’exode rural, enjeu des élections locales

Par Sandrine Morel

Publié aujourd’hui à 01h43

Sur la place du village d’Olvega, commune de 3 600 habitants de la province de Soria, quelques curieux sont rassemblés, samedi 5 février, autour d’une petite caravane marquée du logo de la plate-forme Soria ¡ YA ! (« Soria maintenant ! »). Comme chaque jour, depuis qu’a commencé la campagne pour les élections régionales anticipées de Castille-Leon du 13 février, les candidats de cette liste citoyenne sillonnent les routes, bordées de champs de céréales et de collines plantées d’éoliennes, à la rencontre des habitants de cette contrée désertée. Leur programme électoral n’a qu’un objectif : inverser l’exode rural, qui a commencé dans les années 1950 et a vidé depuis la province de près de la moitié de ses habitants.

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« Nous n’avons pas de pédiatre et depuis quatre ans, il ne nous reste qu’un seul médecin », explique aux candidats une résidente, Lorena Popa, salariée d’une entreprise de transport. Son mari, Fernando Fernandez, employé municipal, est bien décidé à donner son vote à Soria ¡ YA ! : « Ce sont les seuls qui font campagne pour que Soria ait de bonnes infrastructures et que nos villages ne meurent pas », assure-t-il.

De longs cheveux noirs et une voix douce, Vanesa Garcia, numéro deux sur la liste citoyenne, écoute les doléances des uns et des autres. « En général, les gens nous parlent du manque de médecins, de logements publics et de transports », résume cette avocate de 44 ans, qui s’est engagée pour que les Sorianos « ne soient plus contraints de partir » pour chercher un avenir meilleur. Après ses études à Valladolid et Madrid, elle-même a mis « vingt ans à revenir ».

Vanesa Garcia, deuxième sur la liste de Soria ¡ YA !, descend de la caravane du parti à Olvega, en Espagne, le 5 février 2022.
A l’entrée du village de Noviercas, en Espagne, qui compte 160 habitants inscrits sur les listes électorales, le 5 février 2022.

Si Soria ¡ YA ! se présente pour la première fois à des élections, la plate-forme est bien connue des habitants. Elle est née il y a vingt-et-un ans, pour exiger la construction d’une autoroute, l’A11, entre Soria et Valladolid, la capitale de la région, à 200 kilomètres de là. Deux constats l’ont amenée à faire le saut en politique. « Après vingt ans de mobilisations, les avancées ont été quasiment inexistantes », résume Angel Ceña, tête de liste. Il manque encore près de 60 % du tracé de l’A11.

« La pandémie, surtout, a été déterminante, poursuit-il. Nous avons pris conscience des carences dramatiques de notre système de soins. Le taux de mortalité a été très supérieur à celui des autres provinces. Notre unique hôpital, qui date des années 1980, est insuffisant. Les cabinets médicaux ruraux sont fermés, l’accueil téléphonique quasi inexistant, et nous n’avons qu’une seule ambulance médicalisée sur tout le territoire… », ajoute ce fonctionnaire de 54 ans, en marge d’une réunion dans le palais de l’Audience, dans le centre-ville de Soria.

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