Guerre en Ukraine : à Zaporijia, les blessés de guerre affluent à l’hôpital

Par Jacques Follorou

Publié aujourd’hui à 14h00

Habitué à s’adresser aux enfants, Iouri Viktorovitch Borzenko, directeur de l’hôpital pédiatrique régional de la ville de Zaporijia, parle doucement. Cela ne donne que plus de poids à son refus de déranger une petite patiente opérée avec succès, le 2 avril, après avoir été grièvement blessée à Marioupol, ville martyre de la guerre en Ukraine. « Son père est là, comme tous les jours. Ce qu’ils viennent de vivre n’a pas de nom. » Même pour cet homme habitué à traiter la souffrance des enfants, l’histoire de Paulina, âgée de 13 ans, semble revêtir une dimension particulière. « Pour elle, comme pour les adultes, Marioupol est sans conteste, dans le degré de l’horreur, un événement qui marquera à vie les victimes. »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Guerre en Ukraine : les rescapés de Marioupol racontent un mois sous l’enfer des bombes

Paulina vivait seule avec son père. Sa mère est morte du Covid-19 en 2021. Le 15 mars, alors qu’elle sort d’une grande cave où elle vivait avec d’autres habitants, elle est touchée à la poitrine par des éclats d’obus. Ramenée dans l’abri sans eau, ni électricité ni chauffage, elle est prise en charge par une infirmière qui ne peut la soulager qu’à l’aide d’antibiotiques. Trois jours plus tard, cette soignante est tuée dans un bombardement, laissant Paulina sans traitement jusqu’au 22 mars. Ce jour-là, l’adolescente rejoint enfin la ville de Berdiansk, mais elle ne peut toujours pas être soignée. Les Russes ne la laissent accéder au service du docteur Borzenko qu’après onze jours.

Iouri Viktorovitch Borzenko, directeur de père en fils de l’hôpital pédiatrique régional de la ville de Zaporijiaen Ukraine, le 4 avril 2022.

Seuls les cas les plus graves sont traités dans cet hôpital. Depuis le début du blocus de Marioupol, le 13 mars, vingt-deux enfants nécessitant une chirurgie lourde ont été soignés ici. « Faute de prise en charge côté russe, ils nous arrivent dans un état pitoyable, avec des vêtements sales et ensanglantés, décrit le docteur Borzenko. Nous devons gérer des amputations de membres, de graves blessures à l’estomac, des os brisés, des fractures ouvertes et, psychologiquement, ils sont détruits de l’intérieur. »

Les « ravages » des bombes à sous-munitions

Les adultes ne sont pas épargnés. Kirill Neryanov, directeur de l’hôpital n° 9 de Zaporijia, les voit défiler dans son établissement où travaillent près de trois cents médecins. « L’utilisation par les Russes de bombes à sous-munitions fait des ravages parmi les populations civiles rurales (…). Nous avons dû repousser nombre d’opérations non urgentes pour traiter ces nouvelles pathologies de guerre. » Ici, explique-t-il, le service de chirurgie orthopédique compte plus d’une dizaine de cas de ce type.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Guerre en Ukraine : les troupes russes se retirent des environs de Kiev, plus de 3 000 civils évacués de Marioupol

Dans l’une des ailes aux murs passablement décrépis de l’établissement, Vladimir Pavlenko occupe une chambre exiguë, où cohabitent trois autres blessés venant de Marioupol. Faisant face à la porte d’entrée, c’est lui qui accueille le visiteur. Il le fait avec une ironie glaçante. « Voilà ce que le pays frère [la Russie] a fait de moi », lance-t-il pour prévenir le choc. En effet : de sa jambe gauche, il ne reste quasi rien, juste un moignon collé à la hanche. La droite est percée de tiges de fer qui tentent de maintenir des os brisés par les éclats d’obus. Il a aussi perdu son œil gauche.

Il vous reste 55.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We wish to give thanks to the author of this short article for this outstanding web content

Guerre en Ukraine : à Zaporijia, les blessés de guerre affluent à l’hôpital

Travors