Guerre en Ukraine : Israël se range finalement derrière Washington

Les autorités israéliennes ont pris grand soin, en déménageant leur ambassade en Ukraine de Kiev à Lviv mardi 22 février, de donner leur nouvelle adresse à la Russie. L’offensive lancée par Moscou sur le pays met Israël dans une position délicate, pris en tenaille entre l’allégeance à son protecteur américain et sa proximité culturelle et stratégique avec Moscou.

Après plusieurs jours d’hésitation, les déclarations de jeudi ont finalement visé la Russie directement. « L’offensive russe est une violation sérieuse de l’ordre international, a dit le ministre des affaires étrangères israélien, Yaïr Lapid, et Israël la condamne. » Mercredi encore, après des heures de délibérations aux plus hauts échelons du gouvernement israélien, Israël se contentait d’assurer « soutenir l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine ». Le 20 février, M. Lapid avait soutenu l’évidence, insistant sur le fait qu’en cas de conflit direct entre les Etats-Unis et la Russie, le pays était « traditionnellement, bien sûr, du côté américain ». Mais il avait nuancé son propos en pointant la réalité géostratégique : « Notre frontière avec la Syrie est de fait une frontière avec la Russie. »

Rupture avec sa neutralité traditionnelle

L’offensive l’a poussé à se ranger clairement du côté occidental. Israël avait pourtant l’intention de ménager Moscou. Le gouvernement israélien avait même bloqué au printemps la vente du puissant bouclier antimissiles Dôme de fer à l’Ukraine, et cela alors que Kiev semblait prêt à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

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Cette rupture avec sa tradition de neutralité « est due en premier lieu au changement de leadership », explique Ksenia Svetlova, ancienne députée israélienne issue de la communauté russophone et spécialiste du Moyen-Orient. Le gouvernement actuel cherche à rompre avec la politique de Benyamin Netanyahou : en 2014, le refus israélien de condamner l’annexion de la Crimée avait froissé Washington et l’administration de Barack Obama, dont certains cadres travaillent désormais pour celle de Joe Biden.

L’Etat hébreu a beaucoup à perdre, à commencer par sa marge de manœuvre en Syrie, où il frappe régulièrement des positions qu’il accuse d’être affiliées à l’Iran ou au Hezbollah. Cette « campagne entre les guerres » repose sur une équation fragile : la Russie, alliée de Damas, ignore les attaques israéliennes à condition qu’elles ne s’approchent pas de ses forces. Avant chaque sortie, les Israéliens préviennent les Russes pour éviter l’incident. Pour l’état-major israélien, qui ne confirme pas les attaques, ce statu quo est crucial pour limiter le développement des capacités militaires de ses ennemis sur son front nord.

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