Imbroglio européen autour de la collection d’art Morozov

La collection des frères Morozov reverra-t-elle la Russie ? Cinq jours après la fin de l’exposition consacrée aux chefs-d’œuvre de l’art moderne de la fratrie moscovite, qui s’est achevée dimanche 3 avril et a attiré plus de 1,2 million de visiteurs à Paris à la Fondation Louis Vuitton, propriété du groupe LVMH, l’incertitude demeure. « Le décrochage et la mise en caisse sont bien avancés, les conservateurs russes des musées sont présents. Mais le contexte géopolitique complique les choses », reconnaît Jean-Paul Claverie, conseiller du président de LVMH, Bernard Arnault, et directeur du mécénat au sein du groupe de luxe.

En cause : le risque de saisie par un pays européen lors du trajet de retour, en rétorsion à la guerre en Ukraine menée par la Russie. Constituée de quelque 200 œuvres, dont certaines de très grande taille, comme les panneaux du Salon de musique de Maurice Denis, la collection Morozov doit traverser l’Europe en camion – une quarantaine sont nécessaires – pour rejoindre la Russie. « On ne peut pas prendre le risque qu’un douanier dans tel ou tel pays interprète différemment les décisions européennes », explique M. Claverie.

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Propriétés des plus grands musées nationaux russes, principalement le Musée Pouchkine et la galerie Tretiakov de Moscou, ainsi que l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, les Matisse, Bonnard, Gauguin et autres Renoir, prêtés à la France, ne sont a priori pas concernés par les sanctions adoptées par l’Union européenne (UE) à l’égard des dignitaires russes. « La France veut rendre la collection, il n’y a pas d’ambiguïté. Ce sont des œuvres du patrimoine russe et il est normal qu’elles rentrent en Russie », explique-t-on au ministère de la culture.

Demande de dérogation

Mais un certain flou entoure le sort des œuvres d’art dans les sanctions décidées par la Commission européenne. « Plusieurs interprétations sont possibles, reconnaît une source gouvernementale. C’est pourquoi la France a demandé une dérogation pour que les œuvres de la collection Morozov ne soient pas considérées comme un avoir qui peut être confisqué, comme peut l’être un Picasso accroché dans le yacht d’un oligarque. »

Une précaution utile : la Finlande a annoncé, mercredi, avoir saisi plusieurs œuvres d’art de musées russes, dont celui de l’Ermitage, qui transitaient par son territoire après avoir été prêtées en Italie et au Japon. Mais cette dérogation doit être acceptée par tous les pays traversés, ce qui prend du temps.

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Si les acteurs concernés se montrent confiants sur l’issue des discussions − « cela devrait être assez rapide », veut croire M. Claverie –, le sort des œuvres prêtées par des oligarques pour l’exposition à la Fondation Louis Vuitton est plus incertain.

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