La guerre en Ukraine rappelle « les méthodes que l’on a subies à Alep », témoignent des Syriens

Les images de Kharkiv soumise à un déluge de feu, de Marioupol assiégée, des civils cherchant à fuir sous la menace des bombardements : l’invasion russe en Ukraine ravive, chez les Syriens, les souvenirs de la guerre que Moscou a menée dans leur pays à partir de 2015, en soutien au régime de Bachar Al-Assad. « Les sièges, les couloirs humanitaires, les négociations de paix menées au son des canons : ce sont les mêmes méthodes que l’on a subies durant les six mois de siège à Alep, les mêmes stratégies pour gagner du temps, infliger le plus de dommages possible aux civils et aux infrastructures, et faire payer le prix fort à ceux qui se défendent », accuse le docteur Hamza Al-Khatib, évacué d’Alep, le 21 décembre 2016, avec les derniers civils et combattants rebelles.

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Le martyre d’Alep, la capitale économique du Nord syrien, porte à jamais l’empreinte russe, comme Grozny, en Tchétchénie, avant elle. D’avril à décembre 2016, les quartiers est de la ville, aux mains de l’opposition syrienne depuis 2012, et leurs 300 000 habitants ont été soumis à un siège impitoyable et aux bombardements indiscriminés de l’aviation russe pour appuyer l’avancée des forces prorégime et obtenir la capitulation des rebelles. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 2 872 civils ont été tués, dont 330 femmes et 630 enfants, et plus de 16 000 autres blessés en six mois. Les Nations unies ont répertorié 33 000 structures gravement endommagées dans la ville, en majorité à l’est.

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Alep est devenue le symbole de la campagne dévastatrice menée par Moscou pour sauver, coûte que coûte, le président Bachar Al-Assad. Sous couvert de combattre l’organisation Etat islamique (EI) et le terrorisme, la Russie est intervenue, en septembre 2015, à l’appel du dictateur syrien qui, quatre ans après le début de la révolution, avait perdu le contrôle de pans entiers du pays. La campagne syrienne était aussi pour Vladimir Poutine, échaudé par le soutien occidental aux « printemps arabes » et l’intervention en Libye en 2011, l’occasion rêvée de reprendre pied au Moyen-Orient et d’offrir à son armée un terrain d’entraînement militaire.

En six ans de guerre, plus de 63 000 soldats ont été engagés en Syrie, depuis la base aérienne de Hmeimim et la base navale du port de Tartous, et près de 320 armements modernes testés, selon Moscou. Des mercenaires de la société de sécurité privée Wagner ont été déployés auprès des forces loyalistes et des milices chiites pro-iraniennes. « La Syrie leur a permis de mener des tests en conditions réelles, de moderniser leur doctrine et son application tactico-opérationnelle. Ça a été important en matière de retour d’expérience », analyse Mathieu Boulègue, chercheur associé au centre de réflexion Chatham House.

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