La richesse du patrimoine ukrainien menacée par la guerre

Comment le patrimoine ukrainien va-t-il traverser la guerre ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui, alors qu’un certain nombre de villes subissent de lourds bombardements ? Pour Bohdan Cherkes, le directeur de l’institut d’architecture et de design de l’université nationale polytechnique de Lviv, le désastre en cours est comparable à celui commis par les nazis qui, pendant la seconde guerre mondiale, ont détruit une part considérable du patrimoine de très nombreuses villes. Joint par téléphone en Pologne, où il est réfugié, il pleure particulièrement Kharkiv, cette ville qui fut la capitale de l’Ukraine soviétique de 1917 à 1934 et « qui réunit les plus beaux spécimens de l’architecture constructiviste des années 1920 de toute l’URSS, et même de toute l’Europe de l’Est ».

Avec sa tour de treize étages, considérée comme le premier gratte-ciel européen, le gigantesque complexe Gosprom (réalisé par les architectes Sergei Serafimov, Samuel Kravets, Mark Felger et l’ingénieur Pavel Rottert en 1928) en est un des plus célèbres. Le Palais de la culture des cheminots (Alexandr Dmitriev, 1932), fantastique bâtiment Art déco tout en courbes convexes, en est un autre. « Toute cette architecture moderne a été construite collectivement par des Russes, des Ukrainiens et des juifs. Que des Russes détruisent ainsi notre patrimoine commun est pour moi un déchirement absolu. »

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A Kharkiv, en date du 2 avril, 1 500 bâtiments avaient été détruits ou endommagés, selon le maire de la ville, qui a précisé que 15 % du parc de logements avait disparu. Parmi les bâtiments à forte valeur patrimoniale dont on sait qu’ils ont été touchés figurent l’Université nationale Karazin, glorieux complexe moderniste construit par l’ingénieur Kushnarev en 1925, ainsi que l’église du Saint-Sommeil éternel, dont la construction s’est étalée entre le XVIIe et le XIXe siècle.

Avec le concours d’une petite équipe d’architectes, d’universitaires et d’étudiants ukrainiens basés à Lviv, l’architecte français Martin Duplantier, président de l’association Architecture et maîtres d’ouvrage (AMO), s’est lancé dans une opération de cartographie des destructions à l’échelle du pays. Recoupant les informations provenant de sources officielles avec celles qu’ils arrivent à glaner grâce aux correspondants restés dans les zones de guerre et aux réseaux sociaux, ils mettent à jour, tant bien que mal, un décompte général des destructions, et analysent de manière plus détaillée la situation de cinq villes – Kharkiv, Marioupol, Tchernihiv, Mykolaïv et Soumy –, choisies à la fois pour la valeur de leur patrimoine et pour l’ampleur des destructions qu’elles ont subies. Leur travail devrait être publié prochainement sur le site d’AMO, qui attend encore le feu vert du ministère français de la défense pour cartographier les résultats.

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