Le Japon serait en première ligne en cas d’attaque de Taïwan par la Chine

Analyse. Ponctuée de phases de crispation, la tension en Mer de Chine orientale connaît depuis l’invasion russe de l’Ukraine une nouvelle montée de fièvre : le spectre d’une attaque chinoise sur Taïwan.

Une menace particulièrement ressentie au Japon en raison de la proximité géographique des deux pays (Yonaguni, la dernière île au sud-ouest de l’archipel d’Okinawa, est à une centaine de kilomètres de Taiwan) et des conséquences géostratégiques qu’entraînerait une invasion chinoise de ce territoire sur la liberté de circulation dans le détroit de Taïwan, élément crucial de l’axe indo-pacifique, sur la stabilité de toute la région.

A la proximité géographique et aux enjeux géostratégiques s’ajoutent les liens étroits entre Taipei et Tokyo. La population de l’île, annexée par le Japon en 1895 à la suite du traité de Shimonoseki, qui mettait fin à la guerre avec la Chine, n’a jamais nourri le même ressentiment à l’égard du colonisateur nippon que la Corée, où les blessures restent à vif.

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A la suite de l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine en 1972, le Japon a continué à entretenir des relations étroites avec Taïwan sous la houlette d’un puissant lobby protaïwanais au sein du Parti libéral-démocrate (PLD), au pouvoir, et de milieux d’affaires. Les relations entre les deux pays sont gérées par l’Association d’échanges Japon-Taïwan, dont les représentations à Taipei et à Tokyo mènent des activités similaires à celles de missions diplomatiques et comptent, entre autres, l’équivalent d’un attaché militaire. Les sondages indiquent que les Taiwanais sont confiants dans le soutien que leur apporterait le Japon en cas d’attaque.

L’allié américain

Comme c’est souvent le cas, la droite japonaise utilise des événements internationaux pour se faire entendre. Alors que l’opposition, divisée et affaiblie, est peu audible, la droite s’est emparée de la menace pesant sur Taïwan pour promouvoir ses propres objectifs : mettre fin au pacifisme constitutionnel et renforcer les capacités militaires du Japon.

Jouant de l’inquiétude de l’opinion et brandissant des scénarios alarmistes – attaque, encerclement, cyberattaque… avec, en toile de fond, la menace nucléaire pour empêcher toute intervention américaine –, le PLD demande de faire passer à 2 % du produit intérieur brut les dépenses militaires (actuellement un peu plus de 1 %). Une augmentation souhaitée par l’industrie d’armement japonaise.

Après avoir prôné une mutualisation de l’utilisation de l’arme nucléaire américaine pour permettre au Japon de participer à la décision d’y recourir (celle-ci revient actuellement à Washington), l’ancien premier ministre, Shinzo Abe (2012-2020), a appelé les Etats-Unis à lever toute ambiguïté sur leur détermination à intervenir en cas d’attaque sur Taïwan. « Il ne doit plus exister la moindre possibilité de douter de notre détermination [de Tokyo comme de Washington] vis-à-vis de Taïwan ainsi que de notre volonté de défendre la liberté, la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit », écrit-il dans une tribune publiée le 18 avril par Le Monde.

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Le Japon serait en première ligne en cas d’attaque de Taïwan par la Chine

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