Le système de santé britannique secoué par un vaste scandale

Que s’est-il passé entre Shrewsbury et Telford pour qu’autant de bébés soient morts entre 2000 et 2019 dans les hôpitaux publics et les centres de naissance de ces deux localités des Midlands, au nord de Birmingham ? Selon les conclusions accablantes d’un rapport indépendant publié le 30 mars, 201 bébés sont morts sur une vingtaine d’années (131 sont mort-nés, 70 sont morts dans les sept jours suivant leur naissance), 9 mamans sont aussi décédées et 94 bébés sont nés avec de graves séquelles neurologiques, des drames tous jugés évitables, pour des établissements comptabilisant entre 4 000 et 5 000 naissances par an.

Pendant des années, les familles sont restées sans réponse et personne n’a encore été condamné par la justice dans ce que les médias britanniques, horrifiés, ont baptisé « le plus grand scandale de l’histoire du NHS » – le système de santé du Royaume-Uni. Donna Ockenden, la très respectée sage-femme qui a mené l’enquête durant cinq ans, décrit sans détour des dysfonctionnements graves et répétés : manque de personnel, manque de dialogue entre sages-femmes et médecins, manque d’écoute et de compassion pour les parents, obsession pour les naissances naturelles avec de faibles recours aux césariennes – Shrewsbury et Telford s’honoraient d’avoir un taux de césariennes parmi les plus faibles du pays (14 % en 2005, contre une moyenne nationale de 23,2 % à l’époque).

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« Tout au long des différentes étapes de soins, l’enquête a identifié un non-respect des recommandations cliniques nationales, que ce soit pour la surveillance du rythme cardiaque fœtal, la tension artérielle maternelle, la prise en charge du diabète gestationnel ou la réanimation. Cela, combiné à des retards dans les prises de décision en cas de problème et à l’incapacité de travailler entre corps de métier, a entraîné les nombreux accidents, tels que des septicémies, des encéphalopathies et, malheureusement, la mort », explique le rapport.

« Je reste préoccupée »

Donna Ockenden va plus loin et dresse un tableau inquiétant sur l’état des soins dans les maternités anglaises. « Je reste préoccupée, car les services de maternité du NHS ne parviennent toujours pas à tirer les leçons des événements graves qui s’y produisent », souligne-t-elle dans son rapport. Interrogé dans le cadre du programme d’investigations Panorama de la BBC, diffusé en février, Jeremy Hunt, l’ex-ministre de la santé qui avait donné son feu vert au rapport Ockenden en 2017, observe qu’« il ne faut pas faire l’erreur de penser que le problème est circonscrit à Shrewsbury. Je ne serais pas surpris qu’il y ait d’autres dysfonctionnements dans d’autres maternités du pays ». Des enquêtes indépendantes sont en cours dans le Kent, à Nottingham et dans le sud du Pays de Galles. Ted Baker, chef inspecteur de la Care Quality Commission, l’agence de contrôle des hôpitaux anglais, avoue ainsi dans le programme Panorama que « 41 % des maternités anglaises ont besoin d’améliorer la sécurité de leurs soins ».

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