Telecom Italia est prêt à se couper en deux pour échapper à un rachat

Telecom Italia tente une riposte radicale contre l’offre d’achat projetée depuis fin 2021 par le fonds d’investissement américain KKR. Pietro Labriola, le nouvel administrateur délégué de l’opérateur italien de télécommunications, a levé le voile, jeudi 3 mars, sur un projet de scission qui, s’il aboutissait, verrait le groupe placer ses réseaux fixes (FiberCop et Sparkle) dans une entité séparée, baptisée temporairement NetCo. Celle-ci louerait l’accès à ses infrastructures aux opérateurs qui le souhaitent. Telecom Italia conserverait la téléphonie mobile, les services associés et la filiale brésilienne.

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C’est une « rupture positive avec le passé », s’est félicité M. Labriola. Et même si son plan ressemble fort à ce que KKR avait probablement derrière la tête avec son projet d’offre, le dirigeant estime que le fait de le faire « en interne » permettra de partager la « valeur générée » par cette scission « entre tous les actionnaires, majoritaires et minoritaires ».

Vivendi, premier actionnaire de Telecom Italia avec près de 24 % de son capital, est opposé à l’offre d’achat de KKR, la jugeant trop basse. Le fonds américain propose 50,50 centimes d’euro par action, soit un total de 10,8 milliards d’euros. Vivendi a quasiment payé le double, autour de 1 euro l’action, pour constituer sa participation au capital de l’opérateur italien en 2015. M. Labriola a d’ailleurs été placé aux manettes de Telecom Italia par Vivendi fin 2021 pour résister à l’offre, alors que son prédécesseur était jugé trop proche de KKR. Telecom Italia a précisé, jeudi, que ses conseillers auraient bientôt achevé l’examen de l’offre de KKR. Le conseil d’administration prendra ensuite une décision.

Spirale déflationniste

Le plan de Pietro Labriola est toutefois loin d’avoir fait mouche. Jeudi, l’action Telecom Italia s’est effondrée de 14 % à la Bourse de Milan, à 30 centimes d’euro. Le groupe ne vaut plus que 6,4 milliards d’euros. Malgré l’enthousiasme de son administrateur délégué, difficile de croire dans les bénéfices d’une telle scission, mouvement qu’aucun autre grand opérateur de télécoms européen n’a encore osé lancer. Difficile aussi d’espérer la réalisation du plan, alors que Telecom Italia évalue un tel projet depuis plusieurs années déjà. Difficile, enfin, d’imaginer la mise en œuvre sereine d’une telle opération, au moment où l’opérateur italien traverse une violente crise financière.

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Telecom Italia a essuyé une perte nette de 8,7 milliards d’euros en 2021, pénalisé par des dépréciations d’actifs d’un montant total de 7,9 milliards d’euros. Le groupe, confronté à une forte concurrence sur le marché italien depuis l’arrivée de Free Italia en 2018, ne versera pas de dividende pour 2021. Et, en 2022, son résultat opérationnel devrait chuter de 10 %, a-t-il prévenu jeudi, en promettant une stabilité de ce résultat sur la période 2022-2024. En cassant les prix pour faire son nid sur le marché italien du mobile, Free Italia a créé une spirale déflationniste qui explique l’agitation dans le secteur. Free Italia a lui même proposé à Vodafone de lui racheter sa filiale italienne pour apaiser la concurrence.

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