Thierry Breton : « Ni dépendance ni soumission » vis-à-vis des Etats-Unis

Après les années Trump, l’Union européenne (UE) s’est résolue à ne plus compter sur Washington, comme par le passé. L’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, en janvier 2021, n’a pas, dans un premier temps, véritablement changé la donne. Cependant, la guerre en Ukraine a rapproché les deux alliés et, sur le Vieux Continent, la tentation de l’atlantisme n’est jamais très loin.

Dans ce contexte, les Européens vont-ils continuer de chercher à construire leur modèle sans dépendre de leur partenaire américain ? Dans un entretien au Monde, le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, livre son analyse – « ni dépendance ni soumission », affirme-t-il –, en se penchant sur le sujet des sanctions contre la Russie, mais aussi sur la défense, l’énergie et l’industrie. Dimanche 15 et lundi 16 mai, à Saclay (Essonne), doit se tenir la deuxième réunion du Conseil du commerce et des technologies entre l’UE et les Etats-Unis.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Quand les portes ne lui sont pas ouvertes, il les enfonce » : Thierry Breton, un franc-tireur à Bruxelles

Les Etats-Unis ne voient-ils pas la guerre actuelle comme un moyen de ramener l’Europe dans leur giron ?

Non. Dès le début des hostilités [le 24 février], l’UE a pris conscience de la nécessité d’agir collectivement et de manière solidaire, et elle n’est pas à la remorque. En matière de sanctions contre Moscou, elle a avancé en parallèle des Etats-Unis. Elle a même été en pointe pendant un moment. Nous allons continuer à monter en puissance, y compris sur le fioul et le gaz.

Mais les Etats-Unis ont dégagé plus d’argent que l’Europe pour aider l’Ukraine…

Nous verrons ce qui sera véritablement fait, au-delà des annonces. Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis ont plus de moyens que nous. L’Ukraine, pour sa part, joue sa propre partition, en s’efforçant d’obtenir le maximum de ce qu’elle peut. Elle le fait très bien. Pour l’Europe, cette guerre a été comme un wake-up call [une prise de conscience]. Elle se rend compte de ses faiblesses. Elle fait le constat des effets de ses sous-investissements en matière de défense depuis un quart de siècle, mais elle examine avec détermination les moyens de compenser ses faiblesses.

Alors même que tous les pays membres de l’OTAN s’étaient engagés à consacrer 2 % de leur budget à la défense – ce que Donald Trump nous avait rappelé à sa manière –, on constate que, en cumulé depuis la création de la zone euro, 1 300 milliards d’euros d’investissements manquent à l’appel, d’où les carences dans certaines capacités, dans les munitions, etc. Pour atteindre cet objectif de 2 %, nous devrions investir 67 milliards de plus par an. L’enjeu, pour moi, est de le faire intelligemment pour accentuer le développement de notre industrie de défense et mutualiser nos efforts.

Il vous reste 74.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We wish to thank the writer of this post for this incredible material

Thierry Breton : « Ni dépendance ni soumission » vis-à-vis des Etats-Unis

Travors