Timide rapprochement entre Washington et La Havane

Jamais les Cubains n’avaient autant tenté de quitter l’île. Déjà englué dans une situation économique catastrophique et une grave pénurie alimentaire, le pays s’est effondré après le renforcement de l’embargo et l’imposition de nouvelles sanctions décidées par l’ex-président américain Donald Trump (2016-2020), en pleine pandémie. La guerre en Ukraine, qui a gravement affecté le tourisme russe, a rajouté à la débâcle. Dans ce contexte sinistré, la mort, vendredi 6 mai, de 42 personnes dans une explosion accidentelle qui a réduit à l’état de ruines une grande partie de l’hôtel Saratoga, dans le centre historique de La Havane, a été vécue comme un coup de grâce par une population qui vit la pire crise économique de ces trente dernières années.

Lire aussi : Cuba : un nouveau bilan fait état de quarante-deux morts dans l’explosion d’un hôtel de La Havane

Cette politique d’asphyxie a mené aux manifestations massives et inédites du 11 juillet 2021. Mais elle a aussi eu pour conséquence une hausse vertigineuse de l’immigration, certains par la mer, mais la majorité par l’Amérique centrale, depuis qu’en novembre 2021 le Nicaragua a éliminé l’obligation de visa d’entrée pour les citoyens cubains.

Forte hausse de l’immigration illégale

Ces six derniers mois, la police aux frontières américaine a interpellé près de 80 000 Cubains, un peu plus du double de toute l’année administrative 2021 (d’octobre 2020 à septembre 2021). Les autorités américaines s’attendent à l’arrivée de 150 000 Cubains en 2022. Des chiffres encore plus dramatiques que ceux de l’exode de Mariel en 1980, lorsque 125 000 Cubains avaient émigré aux Etats-Unis, ou lors de la crise des « balseros » en 1994, où 30 000 boat people avaient pris la mer.

Alors quand, mardi 3 mai, le consulat américain de La Havane a rouvert ses portes après quatre ans de fermeture – en raison des mystérieux troubles neurologiques d’employés de l’ambassade, surnommés « syndrome de La Havane » – pour reprendre la délivrance de visas, l’espoir a été grand de pouvoir obtenir le précieux sésame pour une immigration légale. Des espoirs rapidement douchés : seuls les parents de citoyens américains pourront demander un visa, une fraction infime de ceux qui cherchent à partir.

Lire aussi : Les Etats-Unis annoncent la réouverture de leur consulat à Cuba

Depuis 2017, les Cubains candidats à l’exil sont forcés de se rendre à l’ambassade américaine à Georgetown, au Guyana, et y attendre pendant des mois la réponse de l’administration. Un séjour hors de prix, qui a encouragé encore un peu plus l’immigration illégale. Fin avril, l’administration de Joe Biden a donc relancé les négociations avec La Havane sur la question migratoire, les premières depuis quatre ans. De hauts fonctionnaires américains et cubains, dont le diplomate cubain Carlos Fernandez de Cossio, se sont réunis le 21 avril à Washington pour discuter de l’application de différents accords signés entre les deux pays – dont l’engagement de Washington, non honoré depuis 2017, de délivrer 20 000 visas par an. Des conversations qui doivent en principe se tenir tous les six mois, mais qui avaient, là encore, été interrompues par Donald Trump.

Il vous reste 51.46% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We would love to give thanks to the author of this article for this remarkable material

Timide rapprochement entre Washington et La Havane

Travors