Vladimir Poutine et Bachar Al-Assad, même combat

Chronique. L’extrême violence et la brutalité assumée de l’offensive en cours en Ukraine ont amené nombre de commentateurs, voire de décideurs, à mettre en doute l’équilibre mental de Vladimir Poutine, qualifié de « fou » ou de « paranoïaque ». C’est obscurcir inutilement l’analyse à l’heure où la tragédie requiert plus que jamais la lucidité. L’important est donc moins de dénigrer que d’essayer de comprendre les ressorts d’une rationalité qui peut légitimement nous paraître étrangère, mais qui n’en est pas moins animée par une profonde logique. Une fois encore, la crise syrienne aurait pu fournir une grille d’analyse à tous ceux qui l’ont trop longtemps négligée comme un théâtre « secondaire » par rapport à une Europe parée seule de la dimension stratégique.

Vladimir Assad

Le soutien inconditionnel qu’apporte Vladimir Poutine à Bachar Al-Assad, dès le début, en Syrie, en mars 2011, d’une contestation pacifiste, ne s’explique pas simplement par des considérations géopolitiques. Les deux dirigeants partagent en effet une vision du monde largement comparable, forgée par la police politique dont la culture obsidionale les a durablement imprégnés, Poutine comme officier du défunt KGB, Al-Assad comme produit des « moukhabarates », ces services de renseignement qui ont pouvoir de vie ou de mort sur les Syriennes et les Syriens. Ce monde opaque où Poutine et Assad ont été formés génère sa propre « réalité alternative » où le peuple n’a aucune existence, remplacé qu’il est par des « révolutions de couleur », elles-mêmes fruits des manipulations supposées des services occidentaux. Là où l’opposition démocratique est exaltée, Al-Assad et Poutine ne voient qu’un ramassis de « terroristes », pour le premier, ou de « nazis », pour le second, qu’il importe de liquider.

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Ce refus de toute forme de dialogue, allant jusqu’à la volonté d’annihiler la moindre voix critique, se nourrit, en outre, du statut d’héritier qui échoit aussi bien à Al-Assad qu’à Poutine. Celui-ci est officiellement désigné par Boris Eltsine, le premier président de la Russie post-soviétique, comme son successeur au Kremlin, dont il assure la direction par intérim dès les premiers jours de 2000, avant d’être élu président en mai, avec officiellement 52,5 % des voix. Bachar succède le mois suivant à son père décédé, Hafez Al-Assad, maître absolu de la Syrie depuis 1970, cette succession dynastique étant validée par un scrutin présidentiel à candidat unique, avec officiellement 99,7 % de suffrages positifs. Les deux héritiers sont non seulement déterminés à défendre coûte que coûte le régime qu’ils dirigent désormais, ils entretiennent tous deux la nostalgie d’un ordre antérieur, où, pour Poutine, l’Ukraine démocratique ne défiait pas l’autoritarisme russe et où, pour Al-Assad, la puissance de l’URSS compensait celle des Etats-Unis. Le despote syrien a d’ailleurs salué l’invasion de l’Ukraine comme une « correction de l’histoire, avec rétablissement de l’équilibre international, rompu depuis la chute de l’Union soviétique ».

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Vladimir Poutine et Bachar Al-Assad, même combat

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